REJOPRAO-Mauritanie!

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Transparence dans le secteur des pêches : Aller au-delà des déclarations d’intention!

Mardi se tenait à Nouakchott -concomitamment d’une table ronde des organisations de la société civile mauritanienne portant sur l‘Accord de pêche Mauritanie Union européenne : vers plus de durabilité- un atelier appelant à hisser la transparence dans ce secteur à celle des industries extractives. Mais force est de constater que cette idée «détournée» de l’agenda de la société civile relance le débat sur la transparence en général pour un pays en retard de plusieurs rapports de l’IETI.

Les autorités avaient déjà alléché le FMI dans leurs déclarations d’intention de hisser la transparence dans le secteur des pêches à celle des industries extractives. Une intention louable mais qui tranche nettement pourtant avec la pratique déjà en vigueur sur les industries extractives. Notre pays est, en effet, épinglé sur ce registre pour son retard dans la transmission de plusieurs rapports en relation avec la promesse de transparence des industries extractives. C’est pour ainsi dire que la volonté « ferme » de transparence affichée par les autorités et signalée par le ministre des pêches à l’ouverture de cet atelier, organisé conjointement par son département, la GIZ, la Banque mondiale et le Comité national de l’IETI, est contredite, dans la pratique, par les survivances d’une gestion opaque dans ce secteur où les dépassements, voire le népotisme sont bien ancrés.


Les précédents Polyhondone !

Ce n’est donc pas l’importance du secteur qui, de l’avis du ministre représente 30% de revenus de l'Etat, et plus de 50% de réserve de Devises, pose problème dans son identification comme levier économique par excellence. Les discours, non plus, ne vont pas changer la pratique en vigueur d’autant plus que, comme il sait mieux que quiconque, le ministre des pêches a récemment délivré contre son propre gré, 5 licences de céphalopodes à l’investisseurs chinois, Polyhondone Fisheries. Ce dernier n’a pas pourtant, et à ce jour, respecté son engagement à fournir des navires glaciers pélagiques devant servir à l’embarquement des mauritaniens. Des navires qui ne seraient pas prêts à être livrés avant le mois de mars ou d’avril 2013. Cette affaire est d’ailleurs à l’origine d’une profonde incompréhension entre le ministre des pêches et l’homme d’affaires Mohamed Abdellahi Ould Yaha qui, pour forcer la main au ministre, se serait adressé directement au président pour la délivrance des licences des céphalopodiers chinois. Pourvu seulement que les bateaux promis pour 2013 ne soient pas un poisson d’avril ou au meilleur des cas des glaciers de seconde main. On peut donc comprendre, ou tout du moins, regretter que la promesse de transparence risque de connaitre quelque couacs en raison de ces pratiques népotiques. De là à croire que la transparence dans ce secteur sera de mise, il y a bien des conditions qu’il va falloir remplir, sans état d’âme, bien sûr !


Rendre à César ce qui lui appartient !

L’atelier organisé –même si on peut se féliciter de son esprit- se révèle cependant une OPA de l’Administration concernée, notamment le Comité national de l’IETI qui, après avoir, assuré la société civile, emmenée par l’Ong Mauritanie2000, en mars 2012, de son soutien et celui de l’Administration et déroulé donc les Tdr de l’atelier prévu, semble tout simplement l’avoir détourné. Plusieurs personnalités avaient été d’ailleurs cooptées dans une commission d’organisation dudit atelier. Il est bien évident que sans l’Administration, cette manifestation n’aurait pas eu l’impact escompté. Mais delà à phagocyter «une production intellectuelle», le CN IETI ne semble pas avoir hésité à faire sienne l’idée. Malgré la mise en place en novembre 2009 du CNITE, seuls les rapports 2007-2008 et 2009 ont effectivement été publiés sur les industries extractives. Pourquoi ? Notons que le bureau d’audit en charge du travail était déjà payé 100.000 Usd par la Snim pour son audit particulier.  Mais à y voir de plus prêt les données relatives aux versements n’auraient jamais permis de produire des informations accessibles au grand public. Et pour être en phase avec sa conformité IETI, obtenue en février 2012, la Mauritanie se devait de publier en mai et aout 2012 les rapports de 2010 et 2011 et d’inclure la pêche à l’ITIE.


Transparence des pêches, mode d’emploi !

Comme on peut s’en douter, plus pour le secteur des pêches, que pour les autres industries,  les autorités gagneraient en crédibilité de rendre publiques les listes de bateaux sous licence et les  conditions d’obtention de telles licences. Mais il y a également la transparence de la gestion du compte d’affectation spécial (derniers accords 2008-2012). De quoi ce compte avait été doté comme argent et comment l’a-t-on dépensé. C’est donc pour la Mauritanie, comme pour le reste des pays IETI, l’information sur l’utilisation de l’argent issu de ces ressources qui importent plus que la publication de d éclarations. Ceci relance donc le débat sur l’opportunité des déclarations d’intention : sont-elles une volonté politique réelle ou seulement une « tactique  proactive » pour gagner du temps…et donc encore de l’argent frauduleusement?

JD (REJOPRAO et Le Quotidien de Nouakchott)



22/10/2012
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