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Rareté du poisson dans les marchés (Mauritanie): Les langues se délient

Trouver du poisson frais à bon prix devient aujourd’hui mission impossible pour de nombreux ménages. Le poisson est devenu rare sur les étals, depuis le mois de juin, correspondant avec les mois septembre et octobre à la période d’arrêt biologique. La «mauritanisation » des emplois de la pêche artisanale commence à se faire sentir, selon nombreux ménages.

 

Les marchés de la capitale sont peu approvisionnés en poisson depuis quelques semaines. Les céphalopodes (poulpe, calamar, seiche) et les poissons demerseaux (merlu, dorade, sole, capitaine) atterrissent vers d’autres cieux. Jadis réservées à la bourse moyenne, les espèces de petites pélagiques (les sardinelles, les sardines, le chinchard), sont devenus introuvables dans les sites de débarquement (Nouakchott, Nouadhibou). Poussées par la rareté du poisson, nombreuses familles ont changé leur habitude culinaire. Le poisson fumé ou séché revient dans les menus. Il constitue dans certains ménages, une autre alternative pour combler le manque de poisson. A Teyarett, les femmes sont obligées de se lever à 06h00 du matin pour deux kilos de poisson congelés. Des chinchards vendus au marché du coin à 50 Um le kilo, sous une ambiance électrique, marquée par une forte affluence des pauvres. Une situation embarrassante, imputée par certaines femmes que nous avons rencontrées sur les lieux, au bannissement des étrangers dans le secteur de la pêche artisanale.

L’arrêté du ministre de la pêche mis en cause

 
Au mois de juin 201, le ministère mauritanien des Pêches et de l’Economie maritime avait interdit, par arrêté, le travail des étrangers à bord des pirogues de pêche artisanale. Une mesure présentée par son département comme une action qui vise à « mauritaniser » les équipages des embarcations mauritaniens, afin de lutter contre le chômage des jeunes.
Mais malheureusement la main d’œuvre mauritanienne est encore inexpérimentée pour prendre la relève des pêcheurs étrangers. La politique de formation en Mauritanie ne débouche pas forcément sur le recrutement de mauritaniens, en raison du cout de la main d’œuvre et de la faible productivité par rapport aux pêcheurs sénégalais.
A la plage des pêcheurs, les pirogues n’arrivent plus à aller au large faute d’équipage. Ce qui constitue un manque à gagner énorme pour les mareyeurs et autres vendeur(es) de poisson de la place. Dans ces lieux aussi, les langues commencent à se délier. Les pêcheurs mauritaniens que nous avons rencontrés sur place, estiment que les bateaux étrangers sont responsables de cette pénurie de poisson. Ils ont cessé de pointer du doigt accusateur, l’utilisation du mono-filament comme étant la principale responsable.
Selon FAO, la pêche industrielle représente 90% des captures en Mauritanie, dont une très grande partie ne touche pas le sol mauritanien (accord de pêche et licences libres de pêche des espèces pélagiques).

 

Les accords de pêche pointés du doigt.
Au mois de juin, l’Assemblée nationale mauritanienne a voté un projet de loi autorisant la ratification d’une convention de pêche avec la Chine. La convention, d'une durée de 25 ans, porte sur l'exploitation des stocks de petits pélagiques. Décriée par les parlementaires de l’opposition et par une frange de la population, la convention garantit une immunité à l’investisseur, Poly-Hondone Pelagic Fishery, aux membres de son conseil d’administration, aux actionnaires et aux personnes non mauritaniennes qu’il emploie légalement. Pour écumer les fonds marins, la société chinoise dispose d'une flotte navale composée de 47 navires.
En septembre 2011 un accord de pêche a été signé avec l’UE. Aux termes de cet accord des licences de pêche ont été attribuées à plus 200 bateaux européens pour pêcher dans les eaux territoriales mauritaniennes.
Un autre accord signé entre la Mauritanie et le Sénégal porte aussi sur l’octroi de 300 licences de pêche à la partie sénégalaise, avec obligation de débarquement de 15% des captures en Mauritanie, et de 10 licences au profit de bateaux de pêche industrielle thonière avec obligation de recruter des travailleurs mauritaniens à bord.
La politique de formation en Mauritanie ne débouche pas forcément sur le recrutement de mauritaniens, en raison du cout de la main d’œuvre et de la faible productivité par rapport aux pêcheurs sénégalais.
Avec 720 km de côtes maritimes, la Mauritanie reste l’une des pays les plus poissonneuses du monde. Ces eaux maritimes sont balayées par le courant froid des canaries qui descend du Nord vers le Sud et le courant marin de Guinée qui remonte du sud vers le nord, assurant ainsi la formation des pêcheries productives grâce à la présence du phénomène d’upwelling (remontée en surface de masses d’eaux marines profondes riches en matières premières).
Dialtabé (Le Quotidien de Nouakchott)



10/10/2011
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