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Opinion: Aquaculture en Mauritanie: la recherche fait le balisage pour un développement aléatoire

Depuis la deuxième moitié du 20ème siècle, les scientifiques et les organisations spécialisées attiraient l’attention des décideurs sur la dégradation constante des principaux stocks halieutiques mondiaux et sur le risque de l’insécurité alimentaire consécutif, entre autres, à une démographie explosive. Ils ont en effet raison car ces stocks sont aujourd’hui, dans leur quasi-totalité, ou surexploités ou pleinement exploités et la population mondiale a dépassé le seuil de sept (7) milliards en septembre dernier.

L’orientation ferme vers l'aquaculture, activité alors timidement pratiquée, est l'une des réponses apportées à la surpêche et aux besoins croissants de poisson pour lutter contre la faim, satisfaire une certaine catégorie de consommateurs exigeante pour le poisson ou enfin, créer la richesse et l’emploi.

Par exemple, en 2008, l’aquaculture a produit 68,3 millions de tonnes de poisson et plantes aquatiques : 76,4 % des poissons d’eau douce, 64,1 % des mollusques, 46,4 % des crustacés et 2,6 % des poissons d'eau de mer consommés par l’homme.

Le recours à l’aquaculture est fait tant pour la consommation humaine que pour l’élevage des animaux (y copris celui des poissons), ou la réintroduction (réempoissonnement ou repeuplement) des espèces cultivées là où elles ont été surexploitées  ou ont disparu pour d'autres causes.

S’inscrit dans ce cadre, l’atelier clôturé aujourd’hui à Nouadhibou sur l’aquaculture et organisé par l’Institut Mauritanien de Recherches Océanographiques et des Pêches (IMROP) en collaboration avec la coopération allemande et plusieurs acteurs publics et privés et en présence de représentants du Maroc, du Sénégal et dela Tunisie.

 

Afin d’aider les non spécialistes à bien comprendre cette filière que l’IMROP a bien voulu, à travers ce forum et à l’issue de ses résultats, mettre au centre des préoccupations des pouvoirs publics en montrant son caractère d’activité de développement que doit cependant sous-tendre, en permanence, un apport d’une recherche technologique et scientifique appliquée; les domaines prioritaires étant l’étude des milieux, le suivi des opérations techniques d’élevages et leur impact sur l’environnement, la nature des aliments et l’industrie de leur fabrication, la détermination des espèces qui s’apprêtent le plus à l’élevage en Mauritanie (aspects systématiques et trophiques) et enfin, le développement d’un axe de recherche sur la limnologie.   

 

D’abord, il s’agit de rappeler que l’aquaculture désigne « toutes les activités de production animale ou végétale en milieu aquatique ». Pourla FAO, l’aquaculture c’est «l’élevage d’organismes aquatiques, comprenant les poissons, les mollusques, les crustacés et les plantes aquatiques».

 

Cette activité, considérée plutôt comme une industrie et non une pêche, se pratique en bord des rivières, des étangs, des lacs ou des mers. Dans ce dernier cas, on parle de mariculture ou de culture marine indifféremment du groupe systématique d’organismes élevés.

Il est également nécessaire de rappeler qu’en fonction du groupe d’êtres vivants dont on fait l’élevage, on distingue la pisciculture (poissons), la conchyliculture (coquillage), l’astaciculture (écrevisses), la pénéiculture (crevettes de mer et d’eau douce) ou encore l’algoculture (algues).

On remarque alors que la pisciculture est une branche de l’aquaculture qui désigne l’élevage des poissons que ce soit en eaux douces, saumâtres ou salées.

Ces précisions jugées clés, facilitent la compréhension des objectifs visés par les organisateurs de l’atelier et l’imagination des défis à relever pour que les pouvoirs publics puissent convaincre les partenaires au développement ainsi que les privés nationaux et étrangers à s’engager dans cette nouvelle filière.

D’ores et déjà, le nombre, le niveau de compétence et l’expérience des participants, rassurent sur la qualité des résultats qui, à croire le Conseiller qui a ouvert les travaux de l’atelier au nom du ministre des pêches et de l’économie maritime, se rapporteront uniquement à la pisciculture malgré le fait que les expériences les plus réussies en Mauritanie concernent plutôt la conchiliculture, c'est-à-dire l’élevage des mollusques dansla Baiede l’Etoile, au bord de la mer (mariculture). A rappeler aussi là que les types les plus courants de conchyliculture dans le monde sont l’ostréiculture (huîtres), l’halioticulture (ormeaux), la myticulture (moules) ou la pectiniculture (coquilles Saint-Jacques ou pétoncles).

N’ayant aucune information sur les objectifs de la manifestation et étant incapable d’anticiper sur ses résultats, je rappellerais tout simplement que le Programme de Coopération Technique (TCP) financé parla FAOpourla Mauritanieentre 2006-2008, aréussi à faire un inventaire exhaustif des plans d’eau existants sur toute l’étendue du territoire national et à les porter sur une carte digitale, à préparer un cadre juridique pour l’exercice de l’aquaculture et la pêche continentales ainsi qu’un programme de développement de ces deux activités dans notre pays. Ces documents, qui traitent presque exclusivement de l’exercice de l’aquaculture et de la pêche dans les eaux continentales, ont été techniquement validés et devraient, depuis plus de deux ans, être officiellement adoptés et mis en œuvre. Serait-ce peut être là l’occasion de concevoir un plan de développement et un cadre juridique et réglementaire plus complet et plus adéquat respectivement pour l’aquaculture sous toutes ses formes et pour la pêche continentale.

A propos, l’IMROP en tant que outil de recherche appliquée -et obligatoirement de développement- a organisé en décembre 2010 le 1er atelier scientifique et technique sur la farine et huile de poisson sous le thème « Farine et huile de poisson en Mauritanie : quels enjeux pour quels résultats ». Mais les recommandations de ce forum n’ont pas été mises en œuvre malgré leur conformité avec les objectifs de la stratégie sectorielle 2008-2012 et du 3ème plan d’action du CSLP 2011-2015, notamment en ce qui concerne la ressource et l’environnement. En effet, les autorisations pour les navires industriels étrangers ont augmenté et le nombre des usines de farine et huile de poison a doublé depuis lors sans toutefois respecter ni la réglementation en matière d’environnement et de santé publique, ni les normes et standards internationaux requis (ISO). Aussi, des mesures sont en cours pour réactualiser le plan d’aménagement du poulpe de 2006 avant que celui-ci connaisse une vraie mise en œuvre, l’étude sur l’ajustement des capacités de pêche attend, elle aussi, encore dans les ordinateurs et d’autres études certainement. 

Faut-il par ailleurs rappeler les difficultés de l’aquaculture commerciale liées à la disponibilité et au coût des aliments, à la qualité nutritionnelle du poisson de l’élevage (taux d’oméga-3) et à sa compétitivité commerciale (goût), au risque sur la santé publique suite à l’utilisation des médicaments et antibiotiques pour lutter contre la diffusion des maladies, à l’introduction d’espèces exogènes ou sélectionnées (OGM), à l’impact de l’activité sur l’environnement (rejet des déchets issus de l’élevage, modification des écosystèmes aménagés pour l’activité), à l’impact du réchauffement climatique (destruction des installations par la monté des eaux) sans oublier les textes régissant la production et l’exportation des produits (Directive européenne 2006/88/CE du Conseil du 24 octobre 2006).

Il mérite par ailleurs de souligner qu’il est aberrant, pour les fanatiques,  de transformer 5kg de poisson entier propre à la consommation humaine pour avoir1 kgde farine qu’on utilise pour nourrir des poissons, des cochons ou d’autres destinés tous, in fine, à la consommation humaine.

Enfin, le chemin étant déjà trop balisé pour tout ce qui concerne l’aquaculture, il suffit tout simplement de demander conseil aux industriels dela Chine, des Philippines, du Viêt-Nam, dela Coréedu Sud et du Japon, aux chercheurs de l’IRD de France et àla FAOparmi les institutions spécialisées. A bon entendeur, salut !

Dr Sidi El Moctar Ahmed Taleb



21/11/2011
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