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Pêche (Sénégal) «La situation exige l’intervention de l’Etat»

Dans la Langue de Barbarie, largement tributaire de la pêche, c’est le spleen engendré par une longue oisiveté. Sada Fall, le président du collectif des pêcheurs artisanaux du Sénégal, évoque dans cet entretien, les raisons de cette léthargie ; durement ressentie par les habitants de ce quartier populeux, à flanc de l’Océan Atlantique. Pour lui, c’est le chef de l’Etat qui doit s’occuper de ce dossier pour arriver à des solutions durables. Depuis quelques mois, l’activité de pêche est au point mort dans la Langue de Barbarie. La saison de la pêche a été interrompue faute de licences. Les pêcheurs sont au chômage technique et vivent un calvaire sans précédent. Selon Sada Fall, le secrétaire général du collectif des pêcheurs artisanaux du Sénégal, les pêcheurs sont confrontés à de grandes difficultés. « Depuis 1989, il y a des problèmes entre les deux frontières, le Sénégal et la Mauritanie, mais aussi par rapport aux licences de pêche qui constituent pour nous, pêcheurs de la Langue de Barbarie, un véritable casse-tête. Après Abdou Diouf, nous avions espéré, avec l’arrivée de Me Abdoulaye Wade, une amélioration de notre situation, mais la réponse se fait toujours attendre », se désole Sada Fall. A son avis, les licences ont créé plus de problèmes qu’elles n’en ont réglés. Plus de 2000 pirogues à terre « On compte aujourd’hui dans la Langue de Barbarie un peu plus de 160 pêcheurs qui disposent de sennes tournantes et je pense que si l’on nous donne 300 licences pour des poissons pélagiques alors qu’il y a plus de 2000 pirogues qui sont à terre, le problème ne sera jamais résolu », a-t-il déclaré. Sada Fall fait état de l’existence de zones d’ombre dans la convention qui est en train d’être signée entre le Sénégal et la Mauritanie. « Il y a des points que nos autorités ne nous ont pas dits », a-t-il tout simplement estimé. Pour Sada Fall, toutes les 2000 pirogues à terre doivent bénéficier de licences. Cette crise, selon M. Fall, ne concerne pas uniquement les pêcheurs. Elle touche de plein fouet les mareyeurs, les vendeurs de glace, les calèches, les boutiquiers, les femmes transformatrices et aussi les consommateurs, qui peinent à trouver le poisson ou même quand ils le trouvent, l’achètent à des prix exorbitants. « Les conséquences sont que les pêcheurs guet ndariens sont en difficulté, en danger aussi parce que s’ils ne travaillent pas, ils ne pourront pas nourrir leurs familles », clame-t-il. Tentation à l’exil « Nous sommes des pêcheurs dans le sang et nous ne connaissons que la mer, nous ne pouvons pas nous reconvertir. Et pour ne pas croupir dans l’oisiveté, beaucoup de jeunes sont partis en Mauritanie pour gagner leur vie, même si c’est dans des conditions difficiles. Ils ne voulaient pas partir, mais n’avaient pas le choix parce qu’ils ont des familles à nourrir et ne pouvaient pas se permettre de rester ici à croiser les bras », a poursuivi Sada Fall. Avec ce blocage, il pense que la Mauritanie ne vise qu’à développer son secteur de pêche en souffrance. « S’ils nous disent que nous devons débarquer les 40 % de nos prises, cela manifeste clairement leur volonté de ne pas nous donner de licences. Même si ce débarquement se faisait dans des conditions normales, nous aurions accepté. Et en plus, ce que nous ne pouvons pas comprendre, c’est qu’une fois que nous entrons dans les eaux mauritaniennes, ils nous demandent de passer à Boyo et au retour, ils nous exigent aussi un passage à Boyo ; ce qui n’est pas possible avec les grandes pirogues », a-t-il dénoncé. Il suggère que le protocole qui sera signé avec les autorités mauritaniennes soit identique à celui existant avec la Guinée Bissau et la Guinée Conakry. Lors d’une récente visite à Saint-Louis, après une mission à Nouadhibou, le directeur des Pêches avait expliqué aux pêcheurs qu’il y avait de réelles opportunités pour leur permettre d’aller travailler normalement à Nouadhibou, mais que la difficulté résidait dans le déplacement qu’il leur fallait effectuer et qui représentait en frais de carburant une valeur avoisinant les 2,4 millions de francs en aller et retour. Une proposition qui est loin d’agréer les pêcheurs. « Si une pirogue quitte ici pour aller à Nouadhibou, c’est certain qu’il va au moins dépenser plus de 2 millions de francs en carburant, et je crois que si chaque pêcheur disposait de cet argent, personne n’aurait besoin d’aller pêcher », a expliqué Sada Fall. Aujourd’hui, les pêcheurs de la Langue de Barbarie se disent fatigués et lancent un appel au président de la République, Me Abdoulaye Wade, car, estime-t-il, lui seul est en mesure de régler le problème des licences. « Le ministre de la Pêche et le Premier ministre ont fait le maximum. Maintenant, nous invitons Me Abdoulaye Wade à s’occuper personnellement de ce dossier pour que les pêcheurs puissent avoir quelque chose de plus concret », a dit Sada Fall. S.O. Fall Le Soleil (Sénégal)



28/11/2010
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