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Pêche au Sénégal : De moins en moins de poissons…

Il y a trop de pirogues au Sénégal où elles sont estimées à plus de 12 000 et trop de bateaux. Mais si la demande augmente, la ressource halieutique n’est pas élastique d’autant qu’il y a de moins en moins de poissons. Ainsi, la pêche va mal.

SYFIA - Maquereau et thon en déclin, Thiof en extinction, sardinelle surexploitée, sécurité alimentaire menacée, fermetures d’usines, etc., tels sont les maux qui gangrènent le secteur de la pêche au Sénégal, pays devenu de plus en plus dépendant de ses voisins pour sa propre consommation halieutique. Cette situation morose dans le secteur, chercheurs, administrateurs de pêche, experts, pêcheurs artisans et transformatrices l’ont diagnostiquée, fin mars, à Dakar. C’était à l’occasion d’une conférence-débat organisée par le Fonds national de recherches agricoles agroalimentaires (Fnraa). Le thème, ‘Les systèmes de pêche et la production halieutique au Sénégal : les enjeux et les perspectives’, était introduit par deux chercheurs du Centre de recherches océanographiques de Dakar-Thiaroye (Crodt) Massall Fall et Djiga Thiaw, avec comme modérateur l’expert Alassane Samba. Pour caractériser le secteur de la pêche au Sénégal, ce dernier dira qu’il y a de moins en moins de poissons, de moins en moins d’activités.

Pour Massall Fall, s’il y a une raréfaction de la ressource, cela est dû au fait qu’il y a trop de pirogues estimées à plus de 12 000 et trop de bateaux. La demande augmente, mais la ressource halieutique n’est pas élastique. M. Fall a, par ailleurs, fait remarquer que même si les stocks de poissons sont à un niveau stationnaire (50 %), les espèces démersales (poisson vivant en eau profonde) sont en extinction, alors que les pélagiques, comme par exemple les sardinelles, sont sur exploitées. ‘Il faut donc réduire l’effort de pêche’, avertit M. Fall.

Abordant l’importance socio-économique de la pêche qui occupe plus de 2 % du Pib national, Djiga Thiaw souligne le faible niveau de transformation du poisson qui ne représente que 15 % dans le secteur. L’aspect congélation, quant à lui, représente 83 %. Cela pour dire que, dans les produits de la pêche, il n’y a pas suffisamment de valeur ajoutée. Et le conférencier de donner l’exemple des chalutiers qui ne débarquent au Sénégal que 20 % de leur tonnage. Autres données économiques, les recettes sur les permis de pêche, selon M. Thiaw, ont généré en 2007 près de 60 millions de francs Cfa, sur un potentiel de 240 millions.

Parlant du dernier accord de pêche (2002-2006) entre le Sénégal et l’Union européenne (Ue), le conférencier a révélé que cet accord avait fait engranger 10,5 milliards de francs Cfa pour Dakar, dont ‘8 milliards que l’Etat sénégalais pouvait utiliser à sa guise’, rapporte M. Thiaw, Si la pêche va mal à ce point, beaucoup d’intervenants à cette conférence du Fnraa la mettent sur le dos des politiques de pêche, de l’inefficacité des mesures de gestion et du caractère non coercitif des nombreuses décisions administratives presque jamais appliquées. Certes, les conférenciers ont reconnu les nombreuses initiatives de l’Etat en matière de gouvernance des pêcheries (code de la pêche, textes réglementaires, Aires marines protégées, repos biologique, institutions de recherche, organisations professionnelles, Ongs, conventions sur la biodiversité, etc.), mais le respect de la panoplie de mesures reste encore difficile. Exception notable chez les communautés de pêcheurs de Kayar, sur la côte atlantique (80 km nord de Dakar), où les pratiques de co-gestion et de bonne volonté de pêche durable ont été plusieurs fois saluées par les intervenants. ‘Des filets mono filaments sont pris et confisqués à Kayar à chaque fois qu’un pêcheur les utilise. De même que les cageots de captures de poisson ne respectant pas les normes communautaires locales…’, rappelle un expert du Wwf.

A propos de la pêche durable, Madiabel Diop du Crodt attire l’attention du public sur la taille des captures de poisson. En effet, dit-il, face à la rareté de la ressource, de plus en plus de pêcheurs artisans prennent dans leurs filets des poissons immatures. Selon M Diop, une enquête du Crodt révèle que sur 400 thiof vendus au quai, plus de 60 % étaient immatures. ‘Cela rabaisse la valeur et le prix du poisson’, a-t-il expliqué. ‘J’ai peur pour la pêche…’, déclare dans la salle Mamadou Diop Thioune de l’Union nationale des Gie Mareyeurs du Sénégal (Unagiems). En effet, pour M. Thioune, les conférenciers ont bien montré la situation inquiétante de la pêche au Sénégal. Mais cette situation ne semble pas dessiller les yeux des autorités qui n’écoutent pas, selon lui, les vrais professionnels du secteur. ‘Tout a été dit et rien n’a été fait’, affirme-t-il, d’un ton quelque peu colérique, avant de lancer un appel pour des assises de la pêche. Regrettant l’absence d’une ‘forte présence de pêcheurs artisans’, un autre observateur plaide pour que la recherche accompagne ce secteur, surtout pour les suivis scientifiques. Sur cette question, certains experts souhaitent que le Fnraa s’ouvre de plus en plus à la pêche, en finançant des travaux de recherche sur ce secteur important.

En tout cas, le public, venu nombreux, appuie ce cycle de conférences du Fnraa dont la suite est prévue en avril avec un forum sur l’avenir de la recherche agricole et agroalimentaire.

La Fénagie propose saucisses de poisson, marinades de crevettes, etc.

Saucisses et croquettes à partir de la charcuterie de poisson, arches (pagne en wolof : Ndlr) et crevettes en marinade, terrine et gratin de poisson, cocktail de fruits de mer, voilà autant de recettes que propose au public la Fénagie-Pêche, grâce à l’appui de l’Institut de technologie alimentaire de Dakar (Ita). Des plats ‘agréables et onctueux’, selon Momar Yacinthe Diop, technicien dans cet institut. A la conférence du Fnraa, Mme Awa Djigueul, spécialiste en transformation post capture, a mis en évidence l’importance de l’apport en protéine animale (la ressource halieutique : Ndlr) dans l’alimentaire des Sénégalais. ‘Avec les semis conserves et les conserves, tout ce qu’on peut faire avec la viande, on peut le faire avec le poisson transformé et cela donne plusieurs sortes de plats succulents’, explique Mme Djigueul. D’après elle, ces produits sont vendus en pots ou dans d’autres emballages conformes aux normes de qualité et de sécurité alimentaire.

POUR VALORISER DES RESULTATS DE RECHERCHE : Le Fnraa finance près de 60 projets

Créé en 1999, le Fonds national de recherches agricoles et agro-alimentaires (Fnraa) a pour but de financer des activités de recherches agricoles et agro-sylvo-pastorales considérées comme prioritaires par l'Etat, le Système national de recherches agro-sylvo-pastoral (Snrasp), les partenaires au développement et les utilisateurs des résultats de la recherche. Le Fnraa comprend trois organes : le Comité de pilotage et de gestion ; le Comité scientifique et technique et la Direction exécutive.

Le directeur du Fnraa, Papa Sall, qui présentait son institution, a expliqué que les ressources du Fonds proviennent d’origines diverses : subventions de l’Etat, contribution des partenaires au développement et du secteur privé, dons, legs, etc. Pour financer des résultats de recherche, le Fnraa comprend trois guichets : Recherche stratégique et Recherche appliquée, Recherche-développement, Développement et diffusion de technologies. Pour chaque guichet, le Fonds met en œuvre des mécanismes différenciés de sélection, de financement et de suivi des différents types de projets de recherche. Les initiatives entreprises à travers le Coraf et le Fara ont montré qu'il était possible de développer des synergies au niveau régional, au grand bénéfice des utilisateurs des résultats de la recherche. C’est ainsi que le Fnraa diligente le financement, à l'échelle sous-régionale, du projet en cours du Programme de productivité agricole en Afrique de l’Ouest (Ppaao/Waapp-Sénégal). Il apportera ainsi un complément aux programmes de R/D financés dans le cadre du Psaop 2 portant sur les filières prioritaires.

Madieng SECK (Walfadjri, Sénégal)



04/04/2010
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