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Mikael Cullberg : «Les partenariats tels qu'ils existent aujourd'hui ne sont, en général, pas justes, ni équitables pour les Etats de l'Afrique de l'Ouest»

En marge de l'atelier sur la gouvernance en matière d'accords de pêche Ue-Afrique de l'Ouest, nous avons rencontré Mikael Cullberg. Il effectuait cette mission pour le compte de la NSSC. Fonctionnaire suédois depuis 1992, Mikael Cullberg a servi au ministère d'Agriculture et de pêche ainsi qu'à celui des Finances de son pays. Depuis 2006, il s'occupe des questions de pêche européennes et internationales.

 

Le Quotidien de Nouakchott : Pouvez-vous nous faire l'économie de votre rapport en relation avec les accords de pêche Union Européenne- Afrique?

Mikael Cullberg : Les conclusions les plus importantes sont les suivantes: Pour une grande partie, les fonds ciblés n'ont très probablement pas été utilisés comme l'a promis la Commission et les Etats et au Parlement et aux contribuables européens. La pêche est oubliée par la coopération internationale de l'UE et les états membres. Les négociations avec l'UE ne se déroulent pas sur un pied d'égalité. Il y a une grande incohérence entre les services européens qui s'occupent de la politique de pêche extérieure et ceux qui s'occupent de la politique de développement international. Il existe des liens entre la pêche européenne en Afrique de l'Ouest et la corruption et la pêche illicite. En même temps, l'absence d'accord risque de réduire l'ouverture et la transparence de la pêche étrangère dans les eaux ouest-africaines.
La principale recommandation est de mettre en place de «vrais» partenariats au profit de tous les pays dans la région. Les partenariats seraient indépendants de l'accès aux eaux. Des accords sur l'accès à la pêche pourraient être négociés séparément, s'il est scientifiquement certain qu'il y a un surplus de ressources.

 

QDN : Ces accordes vous semblent-ils justes eu égard à leurs conditions et leur application par les différentes parties?

M.C : Les partenariats tels qu'ils existent aujourd'hui ne sont en général pas justes, ni équitables pour les états de l'Afrique de l'Ouest, surtout pas pour les gens du secteur de pêche artisanale.

 

QDN : Le rapport a été rédigé avec la collaboration de la NSSC. Il révèle le danger de la pression exercée sur les ressources halieutiques dans les différents pays…

M.C : La plupart des stocks dans les eaux de l'Afrique de l'ouest sont ou bien surexploités ou bien on ne connait pas dans quel état ils sont. Dans ces conditions une pêche responsable et durable n'est pas possible. Il n'existe que quelques stocks pélagiques dont l'état est probablement assez bon pour laisser supposer qu'il y a un surplus qui pourrait être vendu à des opérateurs étrangers. Pourtant il y a toujours un risque de concurrence entre la pêche locale et la pêche étrangère quand ils ciblent les mêmes stocks, même quand les navires étrangers se limitent à pêcher à l'extérieure de la zone côtière. En outre, la pêche à petite échelle ou artisanale est souvent beaucoup plus durable que la pêche industrielle. Ceci est vrai et en Europe et en Afrique.

 

QDN : Vous venez de participer à l'atelier sur la gouvernance en matière d'accords de pêche organisé conjointement avec les Organisations professionnelles des pêcheurs en Afrique de l'Ouest, NSSC et CAPE. Les recommandations issues de cet atelier seront-elles prises en considération dans les cadres de la consultation engagée par l'UE à ce sujet?

M.C : Je pense qu'il y a maintenant une "fenêtre de possibilité" parce que la Commission Européenne semble sincèrement mettre en question la politique de pêche extérieure. Une grande partie des états membres sont du même avis, bien qu'ils ne l'expriment pas toujours d'une manière très explicite. En même temps la pêche semble avoir perdu une partie de son poids politique, même dans les états membres au sud de l'UE.
Il y a aussi une possibilité que les recommandations de l'atelier pourraient être reçues avec intérêt par certains députés européens. Le parlement européen va désormais avoir beaucoup plus de pouvoir en matière de pêche, parce que le traité de Lisbonne va entrer en vigueur le 1 décembre prochain.

 

QDN : Dans votre rapport, vous mentionnez les difficultés que vous avez rencontrées auprès des parties (Commission Européenne et gouvernements africains) pour accéder aux informations requises. Cet état de fait ne crée-t-il pas une certaine suspicion?

M.C : L'ouverture au niveau européen n'est apparemment pas si grande qu'on le prétend. Bien sûr que l'on peut spéculer sur les raisons de ce manque de transparence. Plusieurs pays tiers se plaignent du fait que les opérateurs européens ne révèlent pas le volume des captures réelles.

 

QDN : Les organisations de pêcheurs ont étalé beaucoup de doléances vis-à-vis de cette consultation avec parmi les plus importantes de 'réserver l'accès de la pêche au poulpe" à leur pêcherie et plus généralement, ils ont demandé que ne soient autorisées que les pêches où il y a un surplus de produits. Qu'en pensez-vous?

M.C : Les stocks qui sont utilisés par la pêche nationale doivent lui être réservés. Une pêcherie étrangère éventuelle ne doit pas nuire ni aux stocks, ni au marché pour la pêche locale, surtout pas la pêche artisanale.

 

QDN : Enfin une question revient avec insistance dans de telles rencontres, il s'agit de l'accès à l'information. Dans ce cadre, les recommandations ont également insisté sur l'importance du rôle du Réseau des journalistes pour une pêche responsable en Afrique de l'Ouest (REJOPRAO). Dans quelle mesure pensez-vous que ce lobbying peut les servir.

M.C : Je suis convaincu qu'une "surveillance" par les médias est un très fort outil pour avoir plus de transparence et d'ouverture - et pour rendre possible des changements de comportement, aussi bien en Europe que dans les pays de l'Afrique de l'Ouest.

Propos recueillis par
Jedna DEIDA



23/11/2009
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