REJOPRAO-Mauritanie!

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Mauritanie/Courbine, mulet et tassergal : Faut-il revenir sur l’interdiction d’exportation ?

 

Dans une logique de sécurité alimentaire, au lendemain de la tourmente politique, le ministère des pêches avait interdit à partir du 30 septembre 2008, l’exportation de trois variétés de poissons, réservées à la consommation locale. Il s’agit de la «courbine», du «mulet» et du «tassergal». Mais force est de constater aujourd’hui, que la production de certaines de ces espèces dépasse la satisfaction des besoins du marché local.

Depuis plusieurs semaines, la pêche artisanale est noyée dans le marasme total. La production des céphalopodes dont elle tirait l’essentiel de ses recettes est au plus bas. Un déficit inexpliqué qui oblige les pirogues de pêche artisanale à garder l’ancre mouillée au port pendant plusieurs jours. Mais le déficit de production des céphalopodes dans notre pays, contrairement au Maroc où l’activité tourne à plein régime, est doublé par l’interdiction d’exporter certaines espèces opposée aux producteurs depuis le 30 septembre 2008. Le résultat de cette interdiction, qui était soutenue par la logique sociale contre celle de la rente, est qu’on assiste, selon les pêcheurs artisans eux-mêmes, à une production dépassant tous les besoins en consommation. On note seulement à Nouadhibou 40 tonnes de mulet qui ne trouvent pas d’acquéreur ; le marché étant bondé par ce produit. Selon l’ancien ministre, Hassena Ould Ely, qui s’expliquait, à l’époque, sur la stratégie de son département, la mesure d’interdiction visait à préserver la ressource halieutique du danger de la surexploitation et à faire bénéficier les mauritaniens de l’apport de ce secteur insistant sur le fait qu'il était déterminé à faire en sorte que nos ressources halieutiques, « demeurent à la fois capables de soutenir la concurrence et soient disponibles sur le marché intérieur à des prix qui tiennent compte du pouvoir d'achat des citoyens ».
Même si des remous avaient suivi cette affaire avec la révélation sur le manque à gagner pour l’Etat des exportations liées à ces trois espèces interdites, le ministre Ould Ely avait, pour la circonstance, prévu que “toute infraction à cette interdiction sera sévèrement sanctionnée selon les lois et règlements en vigueur ".

La réalité du marché reprend ses droits
Quoique socialement défendable à l’époque, l’interdiction de commercialisation du surplus de production de ces trois espèces, qui dépassent les besoins du marché, sans pour autant influer sur les prix, constitue non seulement aujourd’hui un manque à gagner pour l’Etat mais également un sérieux déficit pour le compte d’exploitation de ces unités de pêche et des usines aujourd’hui au rouge. La réalité économique reprend donc ses droits. Cette affaire revient à la surface au moment où notre pays devrait accuser un déficit céréalier de l’ordre de 24%, en 2010, si l’on en croit les dernières conclusions de la 25ème réunion annuelle du Réseau de Prévention des Crises Alimentaires (RPCA) au Sahel et en Afrique de l’Ouest. Néanmoins, les producteurs estiment que l’aménagement à cette interdiction par des dérogations ponctuelles ne suffit plus alors que la demande extérieure sur ces produits connaît une forte croissance. Ils exhortent donc à retour en arrière du système de commercialisation de ces espèces tout en mettant les garde-fous pour d’une part, libéraliser l’exportation et assurer l’approvisionnement du marché local, et d’autre part, préserver les intérêts de l’Etat.
Il semble de plus en plus évident qu’un arbitrage pour concilier ces deux impératifs s’impose au moment où le secteur de la pêche artisanale semble au creux de la vague.
JD

QDN ET REJORAO



20/12/2009
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