REJOPRAO-Mauritanie!

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Libre Expresion: La vraie « Nouvelle politique des pêches » (Mauritanie)

de Politique Générale du Gouvernement, développée par le Premier ministre mauritanien devant les députés de l'Assemblée Nationale, constitue une véritable révolution, en ce sens qu'elle promet notamment de s'attaquer de front à la gabegie, qui, sans nul doute, constitue le fléau le plus pernicieux, et le plus dangereux, auquel le pays est confronté depuis plusieurs décennies, fléau qui s'est infiltré dans tous les domaines de la vie économique sociale et culturelle du pays, sans même épargner ce qu'il ya de plus sacré, c'est-à-dire note sainte religion ( cf. les « Imams » Bonafas de Sidi Yahya).

La déclaration reflète surtout le souci de mettre en œuvre la politique ambitieuse tracée dans le programme du candidat à la présidence, Mohamed Ould Abdel Aziz, centrée sur une gestion transparente et responsables des ressources humaines, naturelles, économiques et financières en vu du développement durable, et équitable du pays.

Cette vision constitue la toile de fond de la nouvelle politique de pêche, déclinée en deux axes majeurs 1) intégration réelle du secteur dans l'économie, et 2) ajustement de l'effort de pèche au potentiel naturel des stocks

Des distorsions qui reflètent l'inefficacité des politiques sectorielles. Cette Politique met un terme à un système d'exploitation, mis en place avec la « politique des licences », une politique « provisoire », instaurée durant les années 1970, pour répondre à des besoins conjoncturels, nés de l'échec du premier projet d'armement national :

 

apurement de la dette, et fourniture de matière première aux usines de Nouadhibou) ; et qui perdure encore, sous ses aspects les plus extravertis, c'est-à-dire la licence libre, dont les tarifs ont été augmentés en contrepartie de l'abandon par la Mauritanie du volet débarquement approvisionnement des usines locales, et malgré le replâtrage introduit avec le système d'affrètement, lequel consistait tout simplement à distribuer des rentes à quelques personnes, qui avaient eu l'astuce de s'introduire entre l'Etat et ses partenaires étrangers, pour prélever une rente qui devait normalement revenir au Trésor public.

Si bien que, malgré un important potentiel de pêche, estimé à 1600 000 tonnes/an, avec des captures déclarées de 700-800000 tonnes/an, et sept politiques sectorielles sur les trente dernières années, le secteur de la pêche est de plus en extraverti.

Il se caractérise notamment par une mauvaise gouvernance , qui se reflète de façon générale, à travers l'absence de visibilité dans l'allocation des licences de pêche, la confusion des textes, une fiscalité inadaptée, l'opacité du fichier des navires, le manque de fiabilité du système statistiques des pêches, la faiblesse des ressources humaines, l'inefficacité du système de suivi contrôle et surveillance, et du système de commercialisation, des outils de production obsolètes( navires et usines a terre ) etc., avec pour conséquences principales:

a) Une domination forte et croissante de la flotte étrangère des navires sous licence libre, qui ne font pratiquement jamais escale dans les ports du pays, pour se ravitailler et/ou réaliser des opérations d'entretien, et représentent plus de 85% des captures totales réalisées dans la ZEEM, qui sont débarquées et vendues librement à l'extérieur, avec des apports directs à l'économie nationale négligeables.

b) Une dégradation croissante de l'état des principaux stocks et des écosystèmes liée à la surexploitation par une flottille pléthorique, autorisée par le Gouvernement, en dépit des signaux émis par les scientifiques, et corroborés par les résultats de la pêche. Le renforcement de la recherche et de la surveillance des pêches a effectivement permis d'établir l'état des lieux sur les ressources, et de limiter les incursions des navires étrangers non autorisés.

Mais ce renforcement n'a pas pu (et ne pouvait pas) empêcher cette surexploitation de s'amplifier au cours des vingt ans écoulés, du fait d'une flottille de plus en plus pléthorique, autorisée par le Gouvernement. Aussi, les stocks les plus importants sont touchés : le poulpe, qui représente le plus grand chiffre d'affaire du secteur aurait perdu près de 90% de sa biomasse naturelle, les stocks demersaux nobles dans leur ensemble, 50%, une espèce comme le thiof est en voie d'extinction', tandis que la sardinelle ronde elle même, est à présent surexploitée.

L'augmentation d'abondance des stocks de crevettes ne doit pas faire illusion, car ce serait plutôt le signe d'une dégradation globale de l'écosystème, sous l'effet de la pêche chalutière qui s'accompagne de captures accessoires de centaines d'autres espèces (4t /1t crevettes). Pourtant, les captures totales déclarées ne représentent que 60% du potentiel exploité, ce qui signifie que l'opacité des statistiques ne permet pas de bien cerner les prélèvements.

Ces insuffisances dans les statistiques biaisent les travaux scientifiques d'évaluation des stocks, en fournissant une fausse base de données. Outre les pertes considérables occasionnées à l'économie nationale, la surexploitation, les rejets en mer, les captures accessoires, et autres pêches INN etc., constituent une menace grave pour les ressources, la biodiversité, et l'écosystème.

Le secteur est donc de moins en moins intégré à l'économie : il ya même eu une nette régression par rapport aux années 1987-93, lorsque les demersaux côtiers étaient réservés à l'armement national, et exportées à travers nos circuits commerciaux. A présent, au moins la moitie des captures demersales est réalisée par les navires sous licence libre.

Un parallèle avec les pays voisins permet de mesurer l'ampleur des retards accumulés. Ainsi, alors qu'en Mauritanie le secteur ne génère que 35000 emplois, au Maroc il fait 400000, avec un potentiel proche, au Sénégal (moins riche) 600 000 emplois. C'est que dans ces pays, la majeure partie des captures est débarquée (>80%), le marché intérieur a connu une certaine expansion, et l'industrie de transformation s'est développée, ce qui a accru la valeur ajoutée et le nombre d'emplois.

Dans les trois pays, la pêche artisanale et côtière représente l'essentiel des débarquements (80% et plus), ce qui reflète son rôle moteur dans l'intégration du secteur à l'économie. Une politique qui va restructurer l'ensemble du secteur

Cette nouvelle politique devra permettre de combler les retards accumules du fait de l'inefficacité des stratégies sectorielles qui se présentent souvent comme des canevas d'axes et de mesures, sans hiérarchisation des priorités, dont la mise en œuvre laisse à désirer. 1er L'intégration du secteur à l'économie, passe par la domiciliation effective et progressive des activités , notamment des captures, et l'accroissement de la valeur ajoutée locale,

Le principe est que tout navire qui pêche dans la ZEE mauritanienne sera tenu de débarquer sa cargaison à quai ou en rade d'un port mauritanien, avant exportation.

 

2e Equilibrer l'exploitation des stocks halieutiques : mettre fin ou prévenir la surexploitation des stocks, en ajustant l'effort de peche au potentiel naturel de renouvellement de ces stocks. Cet ajustement serait réalisé sans tarder, en partant des données actuelles de la recherche.

Cette politique implique un programme intensif de mise en place, y compris l'appui aux filières intégrées, l'extension et la modernisation des usines, l'adaptation de la législation, de la fiscalité, du système de commercialisation, le renforcement des normes sanitaires. Pour les infrastructures en appui au débarquement, la stratégie de 2008 avait prévu un programme de développement des capacités du port de Nouadhibou permettant d'accueillir l'ensemble des captures réalisées dans la ZEE mauritanienne notamment:

1. Un port de pêche pélagique : 60 millions euros
2. Extension (y compris dragage), infrastructures et équipement des quais de pêche : 19 millions euros
3. Balisage du chenal d'accès du PAN Nouadhibou (y compris acquisition d'un bateau baliseur) : 2,39 millions euros
4. Acquisition d'un remorqueur 3,32 millions euros
5. Enlèvement des épaves dans la rade du PAN : 20 millions euros

Les activités 2 à 4 sont en cours, sur financement espagnol, la 4e à un financement UE. Il resterait à trouver les 60 millions d'euros du port pélagique, ce qui est tout à fait à la portée de main du Gouvernement.

Ce programme, dont la mise en place permettrait le débarquement de l'ensemble des captures, est réalisable en cinq ans. Des préoccupations de plus en plus partagées avec nos partenaires.

La domiciliation des activités va nécessiter notamment la mise en place des conditions, pour un débarquement obligatoire, à l'horizon 2012, de l'ensemble des démersaux, en plus de 50% des petits pélagiques et 30% des thonidés majeurs, pêchés dans la ZEE mauritanienne.

La date butoir de 2012(absente du texte en français), constitue désormais la date repère pour les stratégies, programmes et mesures à entreprendre dans le secteur ou en rapport avec celui-ci : infrastructures (PAN, port pélagique, etc.), tissu industriel, Système de Suivi, Contrôle et Surveillance (recherche, législation, surveillance), secteur financier, fiscalité, commercialisation, normes sanitaires, administration etc.… Juillet 2012, c'est aussi la date d'expiration de l'actuel protocole de pêche avec l'UE, qui est le partenaire le plus important du pays en ce qui concerne le secteur de la pêche…

Un partenaire lui-même à la recherche active d'un substitut aux accords de partenariat de pêche actuels, dont le cadre avait été tracé en 2002, dans l'optique d'une meilleure prise en compte des principes de pêche responsable dans les pays avec lesquels l'UE conclut des accords pour l'accès de sa flottille de pêche lointaine…et de la cohérence de sa politique de coopération au développement dans les pays ACP.

En effet, dans son rapport 2009 sur la « Cohérence des Politiques pour le Développement », l'UE reconnait que, malgré le progrès que constituent ces APP, « la durabilité et les conséquences sociales de ces accords restent une source de préoccupation… ».

La réforme prochaine de la Politique Commune de la Pêche, fournit l'occasion de réévaluer la dimension extérieure de cette politique en vue de la rendre plus favorable au développement ». Comme par hasard, celle-ci est prévue pour 2012. Le Livre vert mis en discussion dans le cadre de la préparation de cette PCP, met fin à certains « crédos » qui sous tendent les accords de pêche avec les pays tiers: « Le principal objectif des activités relevant du volet extérieur de la politique commune de la pêche doit être d'étendre au plan international les principes d'une pêche durable et responsable …. »

« Il se peut que certains autres objectifs qui sous-tendent actuellement le volet extérieur de la PCP, tels que le maintien de la présence d'une flotte communautaire au plan international et la garantie que cette flotte approvisionne le marché de l'Union européenne, soient désormais moins pertinents »(LIVRE VERT, volet extérieur)

Par ailleurs, l'opinion dominante au sein des instances de l'UE est qu'il faudrait séparer l'aide au développement durable du secteur de la pêche des pays ACP et. l'accès des navires européens à leurs eaux (Voir interview candidat Commissaire au développement de l'UE)

D'une façon générale l'UE ne demande qu'à être rassurée sur le fait que les mesures décidées seront transparentes, promouvoir des pêcheries durables, contribuant effectivement au développement durable de la Mauritanie, et qu'elles ne seront pas discriminatoires vis-a- vis de ses armateurs.

Qu'on ne va pas rééditer ce qui s'était produit en 1987, lorsque ses navires s'étaient retirés de la pêche demersale côtière par respect de la politique mauritanienne de 1987, qui visait avant tout la protection des stocks de céphalopodes et de l'industrie nationale naissante, avec la promesse qu'en cas de réouverture de cette pêcherie aux étrangers, les européens seraient prioritaires, on avait assisté, quelques années après à une introduction massive d'une flottille chinoise sous prétexte de « renouvellement » de la flottille nationale, dont l'arrivée avait totalement bouleversé le schéma d'exploitation des ressources et stoppé le développement de la pêche artisanale.

Cette question est d'autant plus pertinente aujourd'hui que , comme a la fin des années quatre vingt, les « sirènes du renouvellement ont recommencé a siffler. Ce « renouvellement » avait abouti à l'acquisition de la flottille actuelle qui, pour l'essentiel, était déjà obsolète.

Dans le cadre de la nouvelle politique, ce renouvellement ne devrait pas faire partie des urgences : mieux vaut laisser les pêches artisanales et côtières occuper le maximum d'espace qu'elles peuvent occuper, avant de penser a ce renouvellement. La meilleure façon de mettre en confiance l'UE, c'est de l'associer étroitement dans la mise en place de cette nouvelle politique

Il ne s'agit pas, pour la Mauritanie, de remettre en cause le principe de l'accès prioritaire de la flottille de pêche lointaine européenne au surplus de ressources, déterminé conformément aux dispositions de la Convention internationale sur le droit de la mer, accès qui pourrait se poursuivre dans le cadre de la nouvelle politique de domiciliation des activités. Des bénéfices durables qui justifient les sacrifices à consentir

Cette politique va induire une expansion rapide des retombées du secteur, qui vont irriguer l'ensemble de l'économie, et donner une forte impulsion à l'emploi. Ces effets induits vont commencer à apparaitre dès le démarrage de la politique. Elle permettra plus de transparence dans la gestion du secteur, et réduire la gabegie qui le mine.

L'ajustement des capacités de captures va améliorer l'état des stocks, et la rente halieutique. La domiciliation, va permettre de contrôler les captures déclarées par l'ensemble des navires, fournir des données plus fiables à la recherche et améliorer l'aménagement des ressources, , et réduire le coût du contrôle tout en le rendant plus efficace, limiter la pêche INN, assurer l'approvisionnement des usines, et accroitre les exportations des produits à forte valeur ajoutée .

Elle va ainsi doper l'activité économique sur tout le littoral, qui va se transformer en un grand chantier : curage du bassin (épaves), et construction des infrastructures portuaires, routes d'accès, usines, ateliers, magasins etc. Ainsi, Nouadhibou pourra devenir une véritable plateforme de négoce et de transit des produits de la pêche, une destination pour le carénage et l'avitaillement des navires opérant dans la sous région, une escale pour des nombreux navires en transit etc.…

C'est donc l'ensemble de l'économie du pays qui va bénéficier de l'effet catalyseur de ces mesures, en termes de croissance, d'emplois et de réduction de la pauvreté. Un véritable challenge pour le Gouvernement La mise en place de cette nouvelle politique constitue un véritable défi pour le Gouvernement du Président M.O. OULD A. AZIZ; car il s'agit d'un énorme chantier de développement impliquant plusieurs départements ministériels, et le secteur privé, mettant à contribution le soutien des partenaires étrangers, l'UE en tête, le japon, la Chine, la BAD, la Banque Mondiale, la Coopération espagnole, française, etc.

Des gros intérêts sont également en jeu, représentant autant de pesanteurs sur la mise en place de cette politique. Aussi, la transparence, la lutte contre la gabegie doivent constituer la toile de fond, l'axe principal de cette nouvelle politique et la condition de sa réussite,

L'ampleur de la mission justifie largement la mise en place d'un important Comité Interministériel de suivi, non pas pour discuter du Príncipe et de l'opportunité de ces orientations, mais pour prendre les mesures nécessaires à leur mise en œuvre.

 

Présidé par le Premier Ministre, ce Comité serait secondé par un comité technique interministériel, regroupant les meilleurs experts des différentes institutions techniques de l'Etat, piloté par la structure en charge des projets à la présidence, impliquant les départements techniques concernés, le Patronat, et faire appel aux meilleures compétences nationales, et a une expertise internationale, sélectionnés par consultation restreinte.

Ce Comité travaillerait en liaison étroite avec les acteurs privés et les Partenaires au Développement, associer les pays de la sous région, a travers la Commission Sous Régionale des pêches qui, dans le cadre d'un atelier récent sur la révision de la convention de 1993 relative aux conditions minimales d'accès aux ressources ((CMA), tenu à Nouakchott, a recommandé la priorité à des politiques de débarquement de l'ensemble des captures de leurs ZEE.

Le financement des activités préliminaires liées à la mise en place de cette politique (ateliers de validation et de sensibilisation, études, etc. ) serait imputé sur les appuis financiers de l'accord de pêche avec l'UE, les investissements physiques lourds devant être soumis aux bailleurs de fonds du secteur, qu'il faudrait associer à tout le processus.

Le lancement de cette politique devrait revêtir une grande solennité, sous la présidence effective du PR Mohamed OULD A.AZIZ, en présence du corps diplomatique, des partenaires au développement, des élus des deux chambres du Parlement présents à Nouakchott, des délégations venant des pays de la CSRP et du Maroc, du patronnât, des syndicats du secteur, la Société Civile etc

 



20/01/2010
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