REJOPRAO-Mauritanie!

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Interdiction du chalut en bœuf: L’Union Européenne fait chanter la Mauritanie

Incroyable mais vrai. Alors que tout le monde se plaint de la surexploitation des stocks et que tous exhortent à des pratiques de pêche responsable, l’Ue (Union européenne) vient d’obtenir du ministre des pêches mauritanien la levée d’interdiction de pêche au chalut en bœuf. Pour parvenir à l’abdication du gouvernement mauritanien, les fonctionnaires européens n’ont pas hésité à brandir la menace de réduction de l’enveloppe financière des 86 millions d’Euros contrepartie des accords de pêche. Une arme aussi redoutable que fatale pour les pays pauvres. Scandaleux !

 

La Mauritanie, apprend-on de sources autorisées, a décidé, par le biais de l’actuel ministre des pêches, de renier l'interdiction de chalutage en bœuf. Temporairement, dit-on pour se donner bonne conscience. Cette décision prise à contre cœur et contre l’avis d’une directive de la FAO, vise à permettre aux chalutiers irlandais et écossais d’amasser une production annuelle estimée à 15 000 tonnes (TJB) de poissons entre maquereau, chinchard, sardines et sardinelles...Et bien d’autres choses comme à l’accoutumée dans un pays exsangue par un contrôle défaillant de ses exportations.

 

Haro sur les démersaux ?!

 

Le gouvernement avait-il vraiment le choix? Ne pouvait-il pas se passer, même si les temps sont durs, de la contrepartie pour 15 000 tonnes de poissons pélagiques? Comment le ministre a-t-il géré cette affaire ? A qui profite-t-elle ? On est en droit de poser toutes ces questions  d’autant que l’on sait  que le diable est dans les détails !

De toutes les manières et malgré le soupçon du peu d’orthodoxie employée pour faire passer cette mesure de suspension de l’interdiction, l'accord de pêche entre l'Union européenne et la Mauritanie, renouvelé en 2006, avait bien prévu la fameuse catégorie 11 pour la pêcherie de petits pélagiques. Une pêcherie que les européens garantissaient pour les armements irlandais et écossais. Le chalut en bœuf consiste en un filet traîné par un seul bateau. Il est alors utilisé avec des panneaux divergents. Il peut aussi être traîné par deux bateaux, pêchant écartés l’un de l’autre pour ouvrir le filet horizontalement pour ingurgiter tout sur leur passage. Le navire maître est le bœuf, celui qui ramène le chalut à bord est le veau. Mais jusqu’ici une telle activité était effectuée exclusivement par les chalutiers congélateurs. D’ailleurs en 2006, l’interdiction du chalutage en bœuf était opposée aux négociateurs européens qui entendaient permettre aux navires british d’accéder à cette catégorie. On assiste donc à une extension pour ouvrir la pêcherie aux chalutiers RSW irlandais et écossais sans aucune garantie de protection sur la menace des stocks démersaux.

Le ministre convaincu par le représentant du Monstre des Mers !

Les consignataires mauritaniens des navires, à quelques rares exceptions, ne s’intéressent qu’à ce que peut leur rapporter à titre personnel l’argent de l’activité de pêche. Or, il se trouve que le ministre des pêches aurait été convaincu par un consignataire tristement célèbre pour avoir introduit l’Atlantic Dawn, plus connu sous le sobriquet de Monstre des mers. Le ministre n’aurait pas résisté longtemps avant d’accepter de se faire l’avocat de cette cause dangereuse pour l’équilibre des stocks. La menace européenne aurait donc servi d’un bon alibi pour faire avaler la couleuvre aux plus hautes autorités du pays.  “Il y avait une opposition des intérêts de la part des congélateurs pélagiques, mais l'avis scientifique a confirmé que le chalutage en bœuf était propre et plus efficace, en matière de consommation de carburant, que les chalutiers simples. Je suis très heureux que le Ministre ait permis une période d'essai initiale d'une année qui peut être étendue pour deux ans, car cela va révolutionner la pêche mauritanienne au profit du pays' aurait sarcastiquement confié ce représentant.

Rappelons que les navires européens qui bénéficient des accès liés aux accords ACP (Afrique Caraïbes, Pacifique) de l'Union Européenne, ne débarquent pas leur production en Mauritanie et restent donc seuls maîtres à bord. Selon le collectif Bar Européen : «on a ainsi un cas de plus dans lesquels on ne sait plus très bien distinguer ce qui relève de la décision politique et de la stratégie d'entreprise. Qui a servi de courroie de transmission à qui? Toujours est-il que cette décision vient à point nommé pour les armateurs qui trouvent là un débouché pour faire pêcher 15 000 TJB en pleine crise de surcapacité. Et c'est là tout le problème : Par le biais des accords ACP on exporte notre surcapacité chronique… ». Cette affaire se déroule alors dans une annexe technique au Livre vert récemment publiée sur la pêche internationale et la flotte externe de l'UE composée de 400 bateaux. On y évoque les rôles des sociétés mixtes, leurs impacts, et comment elles pourraient mieux contribuer à l'intégration économique des flottes européennes dans les pays partenaires. Ce n’est assurément pas de cette manière en enrichissant davantage des intermédiaires au détriment de la majorité pauvre des pays dont on écume impunément les ressources naturelles.

Jedna DEIDA (Le Quotidien et REJOPRAO)



06/07/2010
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