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G.Guèye, SG Caopa, à propos de la transparence des APP: "Il est crucial, tant pour vous, parlementaires européens et ACP, que pour nous (...) de savoir qui pêche quoi..."

Gaoussou Guèye, secrétaire général de la Confédération africaine des organisations professionnelles de pêche artisanale (Caopa), a rappelé la responsabilité des parlementaires de l’Ue dans la promotion d’une pêche européenne qui ne soit pas en contradiction avec les enjeux de sécurité alimentaire des pays africains. Il a, par ailleurs, insisté sur la transparence qui devrait prévaloir dans les accords de partenariat de pêche qui donnent accès aux navires européens. Nous vous proposons l’intégralité de cette allocution du Sg de la CAOPA.


 

Mesdames et Messieurs les parlementaires,

Au nom de notre Confédération africaine des organisations de pêche artisanale, la CAOPA, je veux avant tout vous remercier de votre invitation à venir discuter avec vous des enjeux de la réforme de la Politique européenne commune de la pêche, et vous présenter les priorités des pêcheurs artisans africains en la matière.

Lorsque j’ai lu votre projet de déclaration, la première chose qui m’a frappé, c’est votre appel à plus de transparence dans ce qui se passe au sein de nos pêcheries. Il est crucial, tant pour vous, parlementaires européens et ACP, que pour nous, pêcheurs locaux et citoyens, de savoir qui pêche quoi dans nos eaux et aussi d’assurer que l’argent versé pour le développement durable de nos pêcheries, notamment dans le cadre des accords de partenariats, va effectivement aider à cela. La publication des études d’évaluation des accords de partenariats serait un premier pas dans ce sens, ainsi que l’inclusion d’une clause de transparence dans les futurs accords.

Car, à l’heure actuelle, dans nos pays, c’est le plus souvent l’opacité qui est la règle. Laisser moi prendre l’exemple de mon pays, le Sénégal. Depuis 2006, nous n’avons plus d’accord de pêche. A l’époque, de nombreux pêcheurs ne voulaient plus d’accord de pêche car nous pensions que cela allait arrêter les chalutiers étrangers qui venaient pêcher dans nos eaux. Mais l’histoire depuis 2006 nous a donné tort.

En effet, les chalutiers, d’origine européenne ou chinoise surtout, sont toujours dans nos eaux aujourd’hui, en compétition directe avec la pêche artisanale, mais ils ont pris le pavillon sénégalais et ont formé des ‘sociétés mixtes’. Une étude, à laquelle nous avons contribué en 2011 montre que ces bateaux opèrent dans la plus grande opacité.

La délégation de l’Union européenne elle-même, dans une réponse à un rapport de Greenpeace publié il y a quelques semaines, met en avant que l'octroi du pavillon sénégalais se fait dans des conditions de transparence discutables, avec des pratiques en contradiction avec les déclarations officielles, notamment sur la réduction de l'effort de pêche. On peut en effet penser que l'existence de ces partenariats privés, souvent décriés, profite à certaines personnes dont les intérêts ont peu de rapport avec la gestion durable des ressources halieutiques.

Et j’arrive à mon deuxième point: la nécessité pour l’Union européenne d’assurer que les investissements des opérateurs européens servent réellement à développer notre secteur de façon durable et pas à re-pavillonner des bateaux qui ne devraient pas pêcher chez nous.

Nous soutenons dès lors la demande reprise dans votre déclaration, que les investissements européens dans les pêcheries ACP se fondent sur les besoins de ces pays, reconnaissent l’apport de la pêche artisanale notamment en termes de création d’emplois et de revenus et de contribution à la sécurité alimentaire.

Et j’arrive là à mon dernier point: l’importance que les relations de pêche entre l’Union européenne et les pays ACP contribuent à améliorer notre sécurité alimentaire et reconnaissent notre droit à nous nourrir nous-mêmes. Il me semble que la déclaration de l’Assemblée paritaire devrait renforcer ce point.

En effet, nous assistons aujourd’hui, en Afrique de l’Ouest, à une exploitation de plus en plus forte, par des grands chalutiers étrangers, notamment européens, de la ressource qui nourrit nos populations, en particulier les plus pauvres: les petits pélagiques, comme les sardinelles et sardines.

Si les stocks de sardinelles montrent aujourd’hui des signes de surexploitation, cela est du à la pression de pêche grandissante qui est mise sur ces stocks par les flottes de pêche étrangères: russe, européenne et chinoise en particulier.

Au Sénégal, le Ministère est même allé jusqu’à octroyer des licences à ces bateaux sur une base illégale, ce qui continue de soulever l’indignation de la société civile. L’Union européenne elle-même admet que les autorités sénégalaises ne font pas mystère d'avoir légalisé ces navires, en leur octroyant des autorisations de pêche contraires au code de la pêche sénégalais, pour en récupérer des redevances, au mépris de la réglementation nationale, des avis scientifiques défavorables, et dans des conditions complètement opaques. Les activités de ces grands chalutiers étrangers, dont plusieurs bateaux européens battant pavillon de la Lithuanie, mettent en péril de façon directe notre sécurité alimentaire et celle de toute la région ouest africaine. Qui plus est, ces bateaux pêchent en général pour faire de la farine de poisson, destinée à l’aquaculture et l’agriculture industrielle.

Devant de telles situations, c’est à vous, parlementaires de dire clairement que la priorité doit être à réserver ces stocks, stratégiques pour la sécurité alimentaire, à ceux qui pêchent pour la consommation humaine, en priorité la pêche artisanale.

Enfin, j’ai vu également que vous souhaitiez une action forte contre la pêche illicite et la pêche non durable. J’ai pu assister hier à la Commission de la Pêche du Parlement européen, pendant laquelle a été discutée une nouvelle législation visant à prendre des mesures commerciales à l’encontre de pays tiers qui permettent une pêche non durable. Ces mesures pourront aller jusqu’à l’arrêt des importations. Il nous semble qu’une telle législation est extrêmement importante à mettre en place au plus vite. Cela répond, il me semble, à votre demande de mettre en conformité les importations avec des normes relatives à une pêche environnementalement et socialement durable.

Il sera bien sûr important pour l’Europe d’assurer que nos pays aient les capacités suffisantes pour mettre en œuvre cette pêche durable, que ce soit en termes de recherche, de contrôle, etc – et je pense que les futurs accords de partenariats pourront contribuer à cela. Mais surtout, il faut que cette législation donne un signal clair aux décideurs ACP que toute leur volonté politique doit être mise au service de la bonne gouvernance de nos pêcheries.




21/03/2012
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