REJOPRAO-Mauritanie!

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Entretien exclusif avec Mme Julia Marton-Lefèvre, Directrice Générale de l’UICN: «Ce forum doit d’abord traduire le renforcement du partenariat autour du PRCM»

En marge du 5ème forum côtier marin, nous avons pu rencontrer Madame Julia Marton-Levèfre, qui a bien voulu répondre à nos questions sur les attentes de l’organisation du 5ème  forum PRCM, sur son sentiment sur la RBT entre le Sénégal et la Mauritanie ainsi que sur le suivi des recommandations du panel des experts indépendants sur l’activité pétrolière et gazière. Entretien !

 

 

Le Quotidien de Nouakchott : Votre discours, à l’ouverture du 5ème forum côtier marin ouest-africain, sur la situation de la biodiversité est alarmant !

 

Julia Marton-Levèfre: Alarmant, oui. Il s’agit, je le précise, d’une évaluation de la situation de la biodiversité dans le monde entier et non de la situation dans votre pays, fort heureusement d’ailleurs. Il est urgent que le monde, développé et en voie de développement, prenne conscience de cette nouvelle réalité et des enjeux de conservation de la biodiversité et donc travaille à renverser une telle tendance en mettant en œuvre des solutions concertées et novatrices.

 

QDN : En quoi mesureriez-vous alors le succès éventuel d’un tel forum ?

 

J.M.L : Ce forum doit d’abord traduire le renforcement du partenariat autour du PRCM- puisque c’est de lui qu’on parle aujourd’hui- et donc qu’il sortira renforcé pour continuer à travailler sur les zones sensibles et les côtes des 7 pays. C’est bien la preuve que l’environnement ne connaît pas de frontière politique. Cette réalité est soutenue par la volonté de sept pays qui veulent travailler ensembles. C’est ici l’occasion de rééditer la même énergie avec laquelle, il y a vingt ans maintenant, on a créé le PRCM comme un espace commun de coopération et de concertation. 

 

QDN : Pour évoquer la même volonté politique à laquelle vous faites allusion, la Mauritanie et le Sénégal ont signé, en marge de ce forum, un PV donnant le coup d’envoi aux préparatifs des journées du Delta dans la perspective d’une gestion partagée de la Réserve Biosphère transfrontalière (RBT). Quel sentiment avez-vous de cette dynamique entre les deux pays.

 

J.M.L : Je suis particulièrement sensible à cette dynamique enclenchée entre deux pays voisins de ce même espace. Et c’est comme je me plais à le répéter le symbole que la Nature ne connaît pas de frontières politiques. C’est une excellente chose qu’il faut mettre à l’actif des dirigeants politiques dans les deux pays dont la volonté permet ainsi de réunir les efforts dans les deux Etats pour préserver une aire protégée entre leurs pays respectifs. Je suis heureuse de vous annoncer que je reviendrai, en février prochain, pour partager avec vous ce moment fort lors des journées culturelles du Delta. L’importance de ces journées va au-delà des deux pays puisqu’elle sert d’exemple au reste des pays de la sous-région où ce type d’action pourrait être pris.

 

QDN : Les mauritaniens s’attendent également à ce que la mise en place de cette RBT booste l’écotourisme dont ils pourraient bénéficier. Quel apport l’Uicn pourrait apporter à ce tourisme qui respecte la biodiversité ?

 

J.M.L : Nous avons beaucoup d’expérience de l’écotourisme dans plusieurs pays. L’écotourisme avec des règles très strictes de comportement des visiteurs et des promoteurs pourrait s’avérer bénéfique pour tout le monde et notamment pour les populations locales qui pourraient améliorer leurs recettes, valoriser leur patrimoine et contribuer à la conservation de la nature. Je crois sincèrement que la Mauritanie dispose d’un énorme potentiel en ce sens.

 

 

QDN : Si mes sources sont bonnes, vous avez lors de ce séjour en Mauritanie remis aux autorités nationales, le rapport définitif du panel des experts indépendants sur l’activité pétrolière et gazière en Mauritanie. Avez-vous insisté auprès de nos autorités sur la vigilance requise et surtout sur l’application des recommandations du Panel ?

 

J.M.L : Tout à fait. Mais je rappelle que c’est le gouvernement mauritanien qui avait mis en place ce panel d’experts pour mesurer l’ampleur des enjeux pour votre pays de telles activités. Cette initiative n’était donc instruite ni par nous, ni par les sociétés en activité dans ce secteur. C’est, je le répète, le gouvernement de Mauritanie bien conscient de ces questions là et du manque d’expérience dans ce domaine qui a décidé de mettre sur pied ce comité d’experts indépendants pour l’aider à mieux appréhender tous les enjeux. Le rapport a effectivement été fait l’année dernière. Notre seule préoccupation que nous avons exprimée aux autorités mauritaniennes est le suivi des recommandations faites surtout en ce qui concerne l’interdiction de l’exploration dans les aires protégées. Nous avons également insisté, à la lumière de qui se passe dans le Golf du Mexique, sur l’attention qui devrait être portée aux écosystèmes sensibles et fragiles. Nous avons, par ailleurs, insisté sur la recommandation en matière de renforcement de capacité en cours actuellement et qui se traduit par le master professionnel, régional, délivré par l’Université de Nouakchott en collaboration avec l’Université Gaston Berger de Saint Louis, portant sur Gestion des activités extractives et développement. C’est un master validé par les instances académiques. C’est une opportunité pour toute la région car les masters du genre, il y en a pas assez, même aux Etats-Unis. C’est donc une excellente chose.

 

QDN : On ne vous rencontre pas tous les jours. Peut-on avoir votre sentiment personnel en rapport avec votre séjour mauritanien?

 

J.M.L : A vrai dire, la Mauritanie était pour moi un grand secret. Vous ne parlez pas beaucoup de vous, peut être par humilité. Je découvre un pays charmant, des gens particulièrement sympathiques et une saveur agréable dans votre nourriture. Là, vivre le soir avec la brise marine, c’est tout simplement captivant. C’est sûr, je reviendrai encore pour découvrir d’autres facettes de ce beau pays notamment Guelb Richatt, le grand désert qui exerce sur moi une emprise fascinante de plaisir.

 

Propos recueillis par

Jedna DEIDA (REJOPRAO et Le Quotidien de Nouakchott)



01/07/2010
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