REJOPRAO-Mauritanie!

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Changement climatique/Nouakchott sous la menace des eaux : L’Etat face à ses responsabilités !

La construction de diverses infrastructures littorales a eu des effets localisés mais très importants sur l’érosion de la côte et la dégradation du cordon côtier. Cette dégradation est accélérée, dans certains sites, par des prélèvements de sable pour la construction. Pourtant, ce cordon dunaire côtier reste le seul rempart naturel protégeant l’Aftout Es Saheli des incursions des eaux de la mer. Le détruire favorise une inondation qui toucherait près de la moitié de la ville Nouakchott, comme l’illustre la carte de sensibilité élaborée par l’UICN et ses partenaires. Mais là où le bas blesse, est que cette menace identifiée depuis des lustres ne semble pas préoccuper les hautes sphères. Un signe avant l’envol de la délégation présidentielle en direction de Copenhague ?

 

Le président de la République avait exigé un recasement sûr des populations déshéritées. Le choix du site est on ne peut judicieux. Etait-il fortuit ? Sur le terrain, ce recasement est prospectif car, sur la carte des avancées inexorables de l’eau de mer à Nouakchott, ce site ne fait pas partie des terres menacées d’immersion totale par les eaux. Mais et à l’heure où le monde entier discute de solutions pour s’adapter aux effets du changement climatique, l’élévation du niveau de la mer et l’augmentation du rythme des accidents climatiques et des trains de forte houle vont accroître les risques d’intrusions marines au-delà du cordon dunaire, faisant de la protection du littoral de Nouakchott le principal enjeu national dans ce domaine. La situation est telle qu’aujourd’hui elle suscite une avalanche de questions quant aux capacités de réponse par rapport à cette donne. Où en sommes-nous ? Qu’est-ce qui a été fait ? Les risques d’inondation sont-ils correctement pris en compte ? La Mauritanie est-elle en mesure de les gérer efficacement ?


Un gouvernement averti


Depuis plus de dix ans, des techniciens et des experts mauritaniens et étrangers ont mené un travail de suivi qui a permis une caractérisation fine des risques côtiers et des impacts possibles du changement climatique, des activités humaines et des modes d’aménagement du littoral. Des actions de sensibilisation des décideurs ont été conduites, trouvant leur point d’orgue lors des Journées du Littoral Mauritanien, du 5 au 15 décembre 2004. Prenant connaissance des risques d’inondation de la capitale, lors de ces journées, la Présidence de la République, de l’époque, avait alors immédiatement ordonné au Ministre des Pêches et de l’économie maritime, monsieur Bâ M’Baré, actuellement président du Sénat, d’envisager les dispositions attendues du gouvernement pour appréhender ces risques sérieusement. Le Ministère des Pêches était, en effet, en charge de la gestion du domaine public maritime. Avec l’accompagnement technique de l’UICN et le soutien de la Coopération Française, un rapport diagnostic et une cartographie analytique des risques d’inondation de Nouakchott ont été réalisés. Ce travail avait été suivi de l’élaboration d’un Plan Directeur d’Aménagement du Littoral Mauritanien – PDALM-et d’un chantier juridique dont est issue la Loi sur le Littoral. Des dispositions légales et réglementaires complémentaires doivent permettre la mise en application des différentes dispositions prévues par le PDALM et guider toutes les décisions d’aménagement et de protection en zone côtière.

 

 

Un coup d’épée dans l’eau !


Qu’en est-il aujourd’hui ? Ces dispositions sont-elles activées et fonctionnelles ? Force est de reconnaître que malgré ces solides fondations, l’architecture permettant la mise en œuvre du PDALM n’est pas encore en place, et peu de choses se passent, mis à part quelques activités ponctuelles, dont le projet régional Adaptation au Changement Climatique en zone Côtière – ACCC- qui teste encore un procédé de renforcement du cordon sur quelques kilomètres au sud du port de pêche. Ces tentatives isolées dénotent de la facilité dans laquelle on veut s’installer alors que la montée des eaux se fait, de jour en jour, plus menaçante. De toutes les manières ces actions clairsemées ne peuvent se révéler, à la fin, qu’un coup d’épée dans l’eau. La désolation sera d’autant plus tardive que le Conseil Consultatif du Littoral prévu par la Loi est créé, mais pas encore doté ; qu’un observatoire du littoral comme outil d’aide à la décision avait été également prévu par la loi. Les Décrets d’application et les Directives d’Aménagement Littoral, qui constituent les instruments de planification locale permettant d’opérationnaliser les recommandations de gestion et de définir les prérogatives institutionnelles, n’existent pas encore, non plus. Les projets d’appui aux institutions nationales, qui devaient notamment bénéficier des financements de l’Agence Française pour le Développement, ont été gelés pendant la période des troubles politiques, et n’ont pas été relancés depuis.

Marquer positivement Copenhague


Notre pays reste donc confrontée à un risque majeur, en dépit d’un véritable arsenal dont il dispose pour y faire face. Mais ce dispositif n’est malheureusement pas activé. Les Hautes Autorités de l’Etat sont-elles objectivement informées de cet état de fait ? Vont-elles tirer profit du momentum créé par la conférence mondiale de Copenhague pour réactiver ce dossier en sollicitant les partenaires au développement pour une reprise de la coopération sur la protection et la gestion du littoral de la Mauritanie, en général, et de Nouakchott en particulier ? Vont-elles donner les instructions nécessaires aux responsables d’institutions pour que l’agenda découlant du PDALM soit exécuté ? Ce serait assurément, la meilleure offre environnementale pour marquer Copenhague que de traduire dans les faits la mise en place de l’Observatoire du littoral. La Mauritanie se hisserait ainsi, au-delà des mots, en précurseur dans la sous région de cette prise de conscience officielle des enjeux environnementaux.
Alors wait and see !
JD

Le Quotidien de Nouakchott



12/12/2009
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