REJOPRAO-Mauritanie!

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Arrêt biologique en Mauritanie : Des exceptions européennes quand même !

Depuis vendredi, la pêche industrielle de fond est censée observer un arrêt biologique de 2 mois. Plus d’une centaine de navires de pêche de fond (céphalopodiers) sont notamment concernés. Mais la pêche spécialisée européenne (divers démersaux) peut, elle, continuer.

Du 1er octobre au mardi 30 novembre prochain, la pêche industrielle de fond est interdite dans les eaux territoriales mauritaniennes pour les céphalopodes et certaines espèces démersales. Cette mesure d’aménagement, liée à loi de la nature, a été Institué une première fois pour les mois d’octobre et novembre, puis élargie aux mois de mai –juin de chaque année. L’arrêt actuel porte sur 130 navires de pêche de fond (1er octobre au 30 novembre) et près de 5400 pirogues (15 octobre au 15 novembre).

La mesure est saluée par les opérateurs privés du secteur eux-mêmes. Elle intervient cette année avec en toile de fond l’avenir qui sera réservée à la Société mauritanienne de commercialisation de poissons (Smcp) dont la restructuration va bon train.

Pierre angulaire de la commercialisation, la SMCP ne s’est malheureusement jamais acquitté de cette mission dans la valorisation du produit, le rapatriement des montants en devises provenant de la vente des produits et le prélèvement des droits et taxes liés à l’activité.

Merlusiers et palangriers européens exemptés
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Une soixantaine de navires européens de pêche de fond sélective sont épargnés par la mesure d’interdiction de pêche pendant l’actuel arrêt biologique. Une exception qui n’est pas du goût de certains producteurs qui auraient préféré que toutes les pêches de fond y compris pour les pêches démersales spécialisées soient concernées par la mesure de repos biologique. Pour certains même si cette pêche ne se fait pas au chalut sa production estimée en milliers de tonnes de poissons de fonds justifierait son arrêt.

La flotte industrielle démersale reste dominée par les catégories de navires céphalopodiers. Epinglés déjà sur la prérogative qui lui est accordée par le ministère des pêches sur le chalut en bœuf, en l’absence de possibilités de débarquement dans le pays, l’Ue reste le principal partenaire des autorités qui décaisse, chaque année, dans le cadre des accords de pêche, 86 millions d’euros.

Néanmoins, on estime que l’ambition du gouvernement de rendre obligatoires, dès 2012 ; date de la fin du protocole avec l’Ue, les débarquements pourrait corriger certains déséquilibres liés à l’inexistence de plus value sur les produits non tranformés, sur les statistiques de captures et surtout contribuerait à mieux contrer la production halieutique non déclarée (pêche INN).

Aujourd’hui la production halieutique industrielle est en majeure partie débarquée (plus de 90%) sous licences libres sur le vieux Continent (complexe de Las Palmas) sans réelle connaissance de son volume. Beaucoup de pavillons de complaisance (et parfois même des pavillons bien répertoriés) sont soupçonnés écumer nos côtes malgré les efforts de la Dspcm.

Le péché originel.

Beaucoup de raisons dont la vénalité de sa gestion, le manque de compétence de plusieurs de ses premiers responsables et un bradage de ses actions (65% pour le privé) expliquent l’ajournement et même la remise en cause du rôle de la Smcp aujourd’hui. C’est en conséquence l’une des premières raisons du déficit de contribution du secteur des pêches à l’économie nationale en dépit des apports budgétaires certains. Le secteur des pêches était pourtant voué à jouer un rôle de locomotive pour le pays mais sa situation n’a guère évolué.

Même les statistiques font énormément défaut dans ce secteur faisant passer à la trappe le rang du pays dans la production halieutique sur le Continent comme on a pu le constater récemment dans le classement africain des pays producteurs à la Conférence des ministres africains de la pêche organisé à Banjul. Notre pays n’est même pas cité parmi les dix premiers producteurs nonobstant son apport.

Sur ce registre, il est même dépassé par le Sénégal voisin dont certains produits sont justes étiquetés Sénégalais mais proviennent surtout de nos eaux territoriales. C’est là un autre problème de traçabilité! Ne cherchez pas surtout du côté du ministère des pêches dont le site affiche une information qui remonte au mois de juin 2010. Les dernières statistiques piochées sur le site de la Fao font état d’une valeur des exportations en 2004 de 121.949.000 euros et des possibilités de consommation de 17.5kg/an par habitant. Et ces statistiques ne concernent que la pêche maritime.

Les expériences de diversification en pêche continentale ou en aquaculture restent encore, depuis des lustres, au stade embryonnaire. Mais de 1985 à 2009 pourtant, selon des statistiques de la Smcp, la Mauritanie a exporté 1.207.715 de tonnes de poissons pour une valeur de 3.699.596.892 Usd. Evidemment la pêche industrielle se taille la part du lion dans ces captures qui alimentent les recettes budgétaires du pays.

Le marché local est surtout alimenté par la pêche artisanale qui y débarque (statistiques datant de 2004) 120.000 tonnes par an. Mais depuis le boom de production des années 80, l’entrée en activité des chalutiers chinois dans le cadre de sociétés mixtes et les premiers accords de pêche avec l’Ue, en 1995, les choses se sont bien détériorées et le déficit graduel de production a installé un véritable marasme dans le secteur.

Ce n’est donc qu’après la sonnette d’alarme des scientifiques et la réalité économique que des mesures d’aménagement ont contribué à l’installation d’un arrêt biologique pour permettre une régénérescence des stocks largement entamés par l’effort de pêche (surexploitation).

Jedna Deida



03/10/2010
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