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Seafood international : Daniel Pauly à cœur ouvert !

Silhouette athlétique, Daniel Pauly, en impose aussi par son charisme dans le monde des sciences halieutiques. Il est le co-fondateur de Fishbase.org, l’encyclopédie en ligne répertoriant plus de 30000 espèces de poissons. Son savoir, il veut le partager. Pour mettre en garde contre sa vision allégorique de l’état des stocks de poissons actuels qu’il a présentée sous le masque de Madoff. Il parle avec passion de cet « autre monde » sous l’océan. Constamment sollicité par les médias, Daniel Pauly n’a pas hésité un instant à nous accorder cet entretien à cœur ouvert. Ambiance.

 

Français d’origine. « Canadien par établissement. Suisse par son enfance. Allemand par sa formation. Daniel Pauly est même un citoyen du Monde. Il est sans doute africain de cœur. Peut être même Tiers-mondiste, dans ce que l’expression renferme de solidarité avec les pauvres. Son discours réaliste donne aujourd’hui à réfléchir sur ce qu’est l’évolution de l’exploitation effrénée des stocks mondiaux des ressources halieutique. On en a parfois des sueurs froides…Accusé parfois d’être alarmiste, l’homme invite  producteurs, industriels et consommateurs à prendre la mesure du danger qui les guette face au tarissement annoncé de la ressource. «Pour qu’on puisse encore parler de durabilité, il faut nécessairement que les stocks le permettent » prévient D. Pauly pour qui les limites sont dépassées. Mais à quelque chose malheur est bon, semble professer Daniel Pauly. « La situation actuelle permet à l’espèce humaine de prendre conscience de la précarité des ressources au moment où on pêche toujours plus de poissons, d’espèces et de plus en plus dans les profondeurs».

 

Un poisson dans l’eau

 

Ce n’est donc pas le fruit du hasard que le seafood summit 2010 qui se tient sous le slogan «Pensons autrement dans un monde en évolution » ait choisi Daniel Pauly comme son invité d’honneur. Né en France, Daniel Pauly a grandi en Suisse, Il a étudié en Allemagne. Il est titulaire d’un doctorat en biologie marine de l’université de Kiel. L’homme est lui-même une encyclopédie vivante des modes d’exploitation des écosystèmes aquatiques, en Afrique, en Asie, en Océanie et en Amérique du Nord et du Sud. Son savoir et ses expériences  lui ont permis de développer des outils de gestion des pêches là où les données sont peu disponibles. Il est pour ainsi dire, du fait de sa connaissance des défis halieutiques, un véritable poisson dans l’eau.  Quand on l’interroge sur le tableau qu’il a tracé de la situation de la filière, D. Pauly indique sans détour, « c’est un tableau noir qui représente un défi ». Il va même plus loin précisant que «les pêches hauturières et industrielles formeront un défi au développement de l’humanité les prochaines années avec les changements climatiques. Va-t-on continuer de subventionner le carburant? » nous renvoie Daniel Pauly. La situation sera critique prévient-il « des pans entiers de l’industrie de l’UE gourmands en carburant vont disparaître. De même le réchauffement climatique est tel que les européens et les asiatiques ne pourront plus maintenir leurs subventions». Daniel Pauly a la certitude, sur la cartographie, que déjà le poisson migre. Et plus loin il ira, plus loin on tentera de le suivre. Seulement, la rareté du produit et le coût du combustible décourageront. Il n’y aura plus que les rivages comme ceux de l’Afrique pour débusquer le produit. Mais là Daniel Pauly est intransigeant. Il faut éviter le «vol » des ressources des pays pauvres et prôner la bonne gouvernance des ressources car dans son acception, et à ce train de surexploitation des ressources, le poisson pourrait devenir un «plat exceptionnel, comme l’est la dinde aujourd’hui. Manger juste pour certaines circonstances». S’il reconnaît le rôle des armements étrangers dans l’écume des poissons, il n’en demeure pas moins que les pays hôtes ont aussi leur responsabilité dans la préservation de la ressource. Il cite l’exemple du Canada en 1982 pour la morue ou encore la Namibie. Malgrél’interdiction d’accès opposée pour les étrangers, les stocks avaient été tout de même entamés par les nationaux. La seule solution à ses yeux notamment pour l’Afrique reste une approche par le développement de la pêche artisanale. Il s’inscrit en faux par rapport au Livre vert européen qui accuse-t-il matérialise la politique du plus fort. «Même s’ils ne semblent pas trop avoir le choix, les Etats africains doivent pouvoir dire non à la politique commune des pêches ». Pour lui, de rares pays comme l’Espagne bénéficie des subventions alors que d’autres comme l’Allemagne veulent bien que l’Afrique tire profit de ses ressources et se développe.  Là encore, Daniel Pauly attire sur l’égoïsme ambiant. Mais pour lui, le «Nous » auquel certains font référence notamment quant il s’agit de l’approvisionnement des marchés est équivoque. «Par qui désigne-t-on ce nous? » se demande Daniel Pauly en mettant en garde contre toute tentative de vouloir leurrer l’auditoire.  

 

Une anguille sous roche

 

En effet, pour Daniel Pauly, depuis longtemps la filière pêche fonctionne à l’image du scandale financier né des pratiques de Madoff. Dans ce secteur également, Daniel Pauly estime que l’on a tenté de « camoufler les pertes de stocks de poissons en écumant les océans ». Il a donc appelé à la prééminence de la bonne gouvernance d’autant plus assure-t-il que les termes «durabilité et soutenabilité » sont désormais « galvaudés ». Pour lui le scénario est identique. Le rythme et l’éventail des pratiques vont crescendo et le résultat auquel on pourrait assister sera tout simplement l’écroulement de l’édifice. Car on puise sans cesse dans le capital (stocks existants) et celui-ci va inéluctablement vers la banqueroute. Pour Daniel Pauly tant que les Etats subventionnent la surpêche, il n’y a aucune possibilité d’inverser «les fortes tendances » à l’épuisement des stocks de poissons. Et plus ces stocks se feront rares, plus les pêcheurs se permettront des interdits y compris la pêche illégale sous d’autres cieux comme dans les côtes des pays pauvres, regrettent Daniel Pauly. Le prêche de Daniel Pauly sera-t-il entendu pour conjurer sa prophétie? Croisons les doigts !.

Compte-rendu

Jedna DEIDA (Le Quotidien de Nouakchott et REJOPRAO)

 

 Qui est Daniel Pauly?

Né en France et après avoir passé son enfance en Suisse, Daniel Pauly a étudié en Allemagne et est titulaire d’un doctorat en biologie marine de l’université de Kiel. Il a effectué son premier voyage vers un autre continent en 1971 (se rendant au Ghana pour un travail de terrain, à la demande de ses professeurs allemands). Il a eu depuis le privilège de découvrir de nombreux pays, cultures et modes d’exploitation des écosystèmes aquatiques, en Afrique, en Asie, en Océanie et en Amérique du Nord et du Sud. Les connaissances acquises au cours de ces voyages lui ont permis de développer des outils de gestion des pêches là où les données sont peu disponibles, comme aux Philippines où Daniel Pauly a travaillé au cours des années 1980.

En 1994, Daniel Pauly a été nommé professeur au Centre des pêches de l’université de Colombie-Britannique et il en a été le directeur entre 2003 et 2008. En 1999, Daniel Pauly a créé un grand projet de recherche, qu’il dirige depuis sa création, consacré à l’identification et la quantification des tendances mondiales des pêches. Ce projet, intitulé «The Sea Around Us» d’après le best-seller de Rachel Carson en 1951, est financé par le Pew Charitable Trusts. Daniel Pauly est également co-fondateur de Fishbase.org, l’encyclopédie en ligne détaillant plus de 30000espèces de poisson. Il a également contribué à développer le logiciel de modélisation très utiliséEcopath. Il est l’auteur ou le co-auteur de plus de 500 documents: articles scientifiques et livres sur les poissons, les pêches et les sujets apparentés. Deux nouveaux ouvrages, reflétant ses recherches actuelles, seront publiés en 2010: «Five Easy Pieces: Reporting on the Global Impact of Fisheries» (cinq pièces faciles: rapport sur l’impact mondial des pêches) et «Gasping Fish and Panting Squids: Oxygen, Temperature and the Growth of Water-Breathing Animals» (poissons au souffle court et encornets haletants: oxygène, température et croissance des animaux à respiration aquatique).

 

Tiré du site du seafood

 



21/11/2015
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