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Togo Enquête exclusive : Des tilapias contaminés déversés sur le marché par une société chinoise


 

« Monsieur le Directeur Général, J’ai l’honneur de vous informer que les résultats d’analyses chimiques effectuées par le laboratoire de recherche de l’Université de Lomé sur les tilapias que vous avez importés illégalement de la Chine au Togo, révèlent que la chair de ces tilapias contient des résidus de médicaments vétérinaires constituant un danger pour la santé publique. Par conséquent, ces produits sont impropres à la consommation humaine et font l’objet d’une saisie. Ils seront détruits conformément aux dispositions de la Loi 98-012 du 11 juin 1998 portant règlementation de la pêche au Togo et au code sanitaire pour les animaux aquatiques de l’Organisation Mondiale de la Santé (OIE) en son article 2.1.4. ».

 

C’est en ces termes par courrier en date du 16 septembre 2015, le ministre de l’Agriculture, de l’Elevage et de l’Hydraulique a informé le Directeur de la Société Andaman de nationalité chinoise de la suite que son département a réservée à la cargaison de tilapias saisie. Sauf que près de deux mois après ce courrier, cette cargaison dont une partie s’est volatilisée dans la nature est toujours sous scellé et les faussaires s’activent pour reprendre la marchandise et l’écouler sur le marché, surtout en cette période de fête où la demande est très forte. Enquête autour d’un business de la mort qui implique ministre, député, homme d’affaires et même journaliste.

L’importation ou l’exportation sur le marché des denrées alimentaires d’origine animale ou halieutique est règlementée par l’arrêté N° 074/12 MAEP/CAB/SG/DE du 23 juillet 2012. L’article 2 stipule : « Aux fins du présent arrêté, on entend par : a) « Agrément sanitaire » : document obligatoire pour tous les établissements préparant, transformant ou entreposant des produits d’origine animale ou des denrées contenant des produits d’origine animale ; b) « Navire usine » : tout navire à bord duquel des produits de la pêche subissent une ou plusieurs des opérations suivantes avant d’être conditionnés ou emballés et, si nécessaire, réfrigérés ou congelés : filetage, tranchage, pelage, décorticage, dé-coquillage, hachage ou transformation ;c) « Bateau congélateur » : tout bateau, de pêche ou non, à bord duquel sont congelés les produits de la pêche, le cas échéant après les premières étapes de préparation ( saignée, étêtage, éviscération, enlèvement des nageoires et, si nécessaire, conditionnement et/ou emballage) ; d) « Entrepôt frigorifique » : lieu de dépôt pour les marchandises sous froid, en attendant la vérité, ou l’expédition, ou l’acquittement des droits de douane ; e) « Fabrique de glace » : lieu où on fabrique la glace ; f) « Navire frigorifique » : un navire-usine ou un bateau congélateur tel que défini dans l’arrêté N° 048/MAEP/CAB/SG/DEP du 25 avril 2005 ». Cet agrément d’une durée d’un an renouvelable prévoit des sanctions en cas de fraude. C’est pour avoir justement introduit des tilapias impropres à la consommation que le sieur Ou Yunzhe, Chinois d’origine, Directeur général de la société Andaman a été arrêté dans le courant du mois de septembre par le commissariat d’Akodessewa avant d’être transféré à la DCPJ pour les nécessités de l’enquête.

Ce monsieur, assisté d’un collaborateur, Zhao Zijian, a importé de la Chine pour le marché togolais deux conteneurs de tilapias contaminés. La cargaison saisie par les services du ministère de l’Agriculture, de l’Elevage et de l’Hydraulique a été examinée par le laboratoire d’analyse de l’Ecole Supérieure d’Agronomie de l’Université de Lomé. Les résultats accablants de ces analyses et la lettre de notification du ministre Agadazi sont ci-dessous en fac-similé. Des deux conteneurs incriminés, les faussaires ont reussi à faire disparaitre un, certainement écoulé sur le marché, et le second placé sous scellé depuis deux mois se trouve dans la société « Frigo Etonam » au quartier Tokoin Casablanca en face du bar camionnette. Il faut relever en passant que le fameux « Frigo Etonam » est la propriété de l’épouse de Raphaël Tomegah, Directeur de Publication du journal « Nouvelle Expression » disparu de l’espace médiatique. Il est le frère de Mme Victoire Dzidudu Sidemeho Tomegah-Dogbé, Directrice de cabinet à la Présidence de la République, ministre du Développement à la base, de la Jeunesse, de l’Emploi des jeunes et de l’Artisanat. Cette précision de taille permettra de comprendre la suite de ce dossier très scabreux. 

Entre-temps, le ministre Ouro-Koura Agadazi s’est rendu à la Mecque et n’a pu faire le suivi de la marchandise scellée. Cette dernière se trouve toujours dans le Frigo Etonam, avec une clé aux mains des services phytosanitaires et une autre aux mains de la DCPJ. Par la suite, le même réseau de la fameuse société Andaman du Chinois débarque à Lomé deux autres conteneurs de tilapia. Une nouvelle marchandise qui, selon nos investigations, a échappé au contrôle des services phytosanitaires. Un des deux conteneurs a été acheté, aussi curieux que cela paraisse, par le Frigo Etonam qui vend ces tilapias en ce moment, et le second, selon les aveux des importateurs, serait vendu à un Béninois. Mais une source assez crédible croit savoir que la marchandise de ce dernier conteneur est aussi en vente dans le pays. 

Cette affaire aurait pu en rester là si les faussaires, appuyés par les soutiens dont ils disposent au sein du pouvoir, ne s’activaient pas pour leur permettre de récupérer la cargaison du premier conteneur mis sous scellé. C’est à ce niveau qu’il faut situer la responsabilité des uns et des autres dans ce dossier où corruption, chantage, menaces et trafic d’influence se croisent.

Raphaël Tomegah use du nom de Victoire Tomegah-Dogbé pour obtenir la libération des Chinois

Rapahel Tomegah dont l’épouse tient le Frigo Etonam à Cassablanca n’a menagé aucun effort pour sortir les deux Chinois des griffes de la DCPJ. La question est de savoir à quel fin. Pour y arriver, il a eu recours à sa soeur Victoire Dzidudu Sidemeho Tomegah qui, selon nos sources, sans véritablement maitriser le fond du dossier, serait intervenue auprès de l’officier en charge du dossier pour obtenir la libération des faussaires. Pour des mesures de précaution, la DCPJ a gardé les passeports des deux chinois. Raphael Tomegah s’est ensuite engagé auprès de la DCPJ à conduire régulièrement ces deux expatriés pour faire acte de présence dans les locaux de la police judiciaire. La Rédaction de L’Alternative s’est rendue ce jeudi dans les locaux de la police judiciaire pour connaître les tenants et aboutissants de ce dossier. En l’absence de l’officier ayant connu le dossier, c’est le Directeur Général de la DCPJ lui-même, Messan Dedji, avec une disponibilité et une courtoisie appréciables, qui nous a renseigné sur les dessous de cette affaire. 

Il a affirmé que les deux Chinois ne sont pas libérés sous caution, mais qu’ils ont été amendés selon les dispositions de la loi en vigueur. Il a aussi confirmé que ses services sont en possession d’une des clés du conteneur scellé, la seconde étant dans les mains du ministère de l’Agriculture. Le DG de la DCPJ a enfin déploré cet envahissement du marché togolais par des produits chinois importés de qualité douteuse qui menacent la santé des Togolais. 

De nos investigations, il appert que dame Victoire Tomegah-Dogbé ne serait pas seulement intervenue en faveur du réseau de son frère à la DCPJ, mais aurait également mis ce dernier en contact avec son collègue Ouro-Koura Agadazi. Ce dernier à qui les faussaires demandaient une contre-expertise, à défaut le retour de la marchandise en Chine, se serait montré intraitable devant le trio Raphaël Tomegah, et les frères Youri et Maxime Gagou. 

Interrogé hier par la Rédaction de L’Alternative, Raphaël Tomegah a répondu de façon péremptoire : « Approfondis le dossier tel que tu veux, tu n’as aucune version de moi ». Avant d’envoyer un SMS une heure après en ces termes : « Merci pour le professionnalisme dont vous faites preuve, mais les intéressés ont malheureusement porté plainte pour chantage et extorsion de fonds contre les journalistes ( NDRL). Ils sont deux et nous avons mis sous embargo les noms) et consorts auprès de l’OTM et de la HAAC. Raison pour laquelle moi personnellement, je n’ai plus de version. On attend peut-être les Institutions ». Nous reviendrons plus loin sur l’implication des deux journalistes free-lance dans ce dossier. 

Donné, Eric Youri, Maxime, les frères Gagou impliqués dans le faux

Les frères Gagou ne sont plus à présenter. Deux au moins sont connus du public et officient dans le transit, la politique et le football. Donné Gagou est transistaire, deputé UNIR du Bas-Mono. Eric Gagou également transitaire, Président du Club Anges FC de Notsè. A eux, il faudra ajouter deux autres, Youri Gagou, supposé homme d’affaires vivant à Bamako et qui est descendu à Lomé pour aider à résoudre ce dossier scabreux, et enfin Maxime Gagou, le dernier larron de la bande. Tous ces messieurs font partie du réseau des deux Chinois appréhendés. Youri Gagou s’exprime d’ailleurs couramment en Chinois. 

Il nous revient que le Directeur de la société Andaman ne dispose pas d’agrément pour importer des produits congelés au Togo. Mais le sieur Donné Gagou a réussi, par ses relations, à lui faire établir une carte d’opérateur économique qui sert d’entrée à ses marchandises au Togo au nom de « Andaman International CO. Limited ». Après la saisie de la première cargaison, une seconde de deux conteneurs a été débarquée au Port au nom du transitaire qui a connu l’affaire. Ce dernier bien que son nom figure sur les papiers, a été écarté, et c’est la société GTC de Donné Gagou, par des gymnastiques plus ou moins obscures, qui a sorti les deux conteneurs. Un faux et usage de faux qui risque de connaître une suite devant les Tribunaux. Le connaissement en fac-similé en dit long. 

Par la suite, le même député serait intervenu auprès de son collègue député à l’Assemblée nationale, ancien ministre de l’Agriculture, afin que ce dernier intervienne auprès de son successeur Agadazi aux fins de libérer le conteneur litigieux. Peine perdue. Joint au téléphone hier par la Rédaction pour avoir sa version des faits, le député Gagou a perdu son sang-froid et s’est laissé aller à des menaces dans un français à la limite du charabia : « Si vous avez les preuves, gardez ces preuves –là, publiez pour que je puisse vous assigner pourqu’on puisse comparaître et écouter voir ce qu’il ya lieu de faire. Si vous dites mon nom impliqué là-dedans, moi je veux les preuves pour que nous puissions nous comparaître et voir ce qu’il y a lieu de faire. Moi hier, on m’a informé de la chose, de la situation entre les journalistes et mon petit-frère. Je les ai interpellés. Mon petit- frère a émis un chèque au nom de sa société, un chèque de 5 millions à ces journalistes, leur disant que c’est un piège qu’il leur a tendu. Et dire que vous les journalistes, vous avez prix un chèque de 5 millions, et c’est grave pour vous. Les décharges que vous faites sur les chèques, les copies sont avec moi. On va aller au niveau du Procureur de la République pour qu’on puisse régler ce problème. Si tu as les preuves, on va comparaître à la justice. Le monde dans lequel on est actuellement, c’est comme ça que vous allez travailler ? Publiez et demain on se voit ». 

Nous avons pris soin de répondre à ce monsieur que nous à L’Alternative, nous ne répondrons pas des autres, fussent-ils des confrères. Nous ne fonctionnons qu’avec les documents en notre possession.

Chantage, corruption menaces, chèque sans provision

Ce dossier connu de L’Alternative était aussi dans les mains d’autres confrères. Ces derniers ont pris langue avec les intéressés, notamment Raphaël Tomegah, les frères Gagou. Leurs contacts avec les intéressés ont tourné à un marché de dupes fait de négociation, chantage, de corruption, menaces et finalement de chèque sans provision. Après avoir usé de toutes les influences pour récupérer les conteneurs, en vain, les faussaires se sont activés à étouffer l’affaire afin qu’elle ne tombe pas dans le domaine public. De dures négociations se sont déroulées avec les journalistes en question, qui in fine, ont cédé à la tentation. Il leur a été proposé une somme de 5 millions F CFA pour étouffer l’affaire. En retour, ces journalistes se sont engagés à ne pas donner suite à leur investigation, encore moins à en faire cas dans la presse. Au cours d’une ultime réunion à UNIPRIX, Youri Gagou, l’un des frères de la bande, a sorti son chéquier, en présence de son frère député Donné Gagou et a délivré à ces journalistes la rondelette somme de 5 millions de francs cfa. 

Ces derniers délivrent une décharge aux faussaires. Une fois à la banque, les deux journalistes s’entendent dire que le chèque en question est sans provision. Nous reproduisons en fac-similé une copie du chèque ainsi que la décharge signée par les journalistes. Dans l’espèce, faut-il le rappeler, le chantage à des fins d’extorsion de fonds est puni par la loi. Il en est de même de toute action de corruption visant à étouffer une affaire. On peut donc en conclure que dans ce dossier, autant la bande aux Gagou est prise la main dans le sac, autant les journalistes en question ont joué à un jeu puni par la loi. 

Ce dossier scandaleux n’est que la partie visible de l’iceberg. Ce jeudi, dans les locaux de la DCPJ, un jeune commissaire a dénoncé sous anonymat, ces produits de la mort importés de Chine qui posent un véritable problème de santé publique. La Chine est connue pour ses produits généralement toxiques, le scandale du lait à la mélamine est encore vivace. De nos jours, on assiste à la propagation de certaines maladies dont le cancer sans que l’on n’en connaisse les causes. Pour plusieurs spécialistes, c’est l’alimentation qui en est l’origine. Il est important que le gouvernement fasse plus d’effort pour surveiller les frontières, équiper les services d’hygiène ou phytosanitaires en vue de faire des contrôles dès la porte d’entrée. Le président Sud Africain Jacob Zuma a interdit la semaine dernière l’importation de la volaille des Etats-Unis, provoquant la colère de Barack Obama qui menace de représailles. Il est temps qu’au Togo, les gouvernants prennent leur responsabilité face à ces produits importés qui tuent à petit feu les populations. Dans le cas du tilapia contaminé, des sources font état de ce que le même réseau s’apprête à déverser sur le marché togolais, une autre cargaison tout en prenant soin de changer d’emballage et ne pas y laisser le nom Andaman. 

A la veille des fêtes de fin d’année, il urge que les services du ministère de l’Agriculture fassent une descente dans tous les frigos du pays pour contrôler non seulement l’origine des produits congelés, mais aussi leur qualité. Les associations des consommateurs ne doivent pas rester aussi les bras croisés. 

A suivre. 

Ferdi-Nando (L’ALTERNATIVE)

via news.icilome.com



15/11/2015
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